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\dateposted{2025-11-18}
\begin{document}

\begin{noXML}

\CDRsetmeta{articletype}{opinion}

\title{Revue des enjeux de s\^{u}ret\'{e}, de s\'{e}curit\'{e} et de
dualit\'{e} dans le domaine biologique}

\alttitle{A review of security, safety, and duality issues in the field
of biology}

\author{\firstname{Nils} \lastname{Braun}}
\address{P\^{o}le d'analyse des risques et des menaces relatifs aux
agents biologiques, chimiques et aux explosifs, Secr\'{e}tariat
g\'{e}n\'{e}ral de la d\'{e}fense et de la s\'{e}curit\'{e} nationale,
Service du Premier ministre, 51, boulevard de la Tour-Maubourg 75700
Paris 07 SP, France}
\email{Nils.braun@sgdsn.gouv.fr}
       
\keywords{\kwd{Bios\'{e}curit\'{e}}
\kwd{Bios\^{u}ret\'{e}}
\kwd{Risques}
\kwd{Menaces}
\kwd{Accident}}

\altkeywords{\kwd{Biosafety}
\kwd{Biosecurity}
\kwd{Risks}
\kwd{Threats}
\kwd{Accidents}}

\dedicatory{\`{A} Henri, qui s'est battu et a obtenu que les recherches
duales \`{a} risque soient \'{e}valu\'{e}es pour le risque r\'{e}el
qu'elles rev\^{e}tent}

\editornote{Article soumis sur invitation}
\alteditornote{Article submitted by invitation}

\begin{abstract}
Alors que la recherche biologique est en pleine expansion, suite \`{a}
l'explosion de la biologie de synth\`{e}se et des capacit\'{e}s de
s\'{e}quen\c{c}age, ainsi que des donn\'{e}es biologiques
ph\'{e}nom\'{e}nales qu'elles engendrent, le tout propuls\'{e} par le
d\'{e}veloppement de l'intelligence artificielle, les d\'{e}bats font
rage aussi bien chez les experts que dans la soci\'{e}t\'{e} en
g\'{e}n\'{e}ral.

La crise pand\'{e}mique majeure d\'{e}clench\'{e}e par le SRAS-CoV-2 a
fait resurgir les d\'{e}bats sur la s\'{e}curit\'{e} des laboratoires
et nos capacit\'{e}s de r\'{e}ponse face aux risques biologiques. De
plus, l'instabilit\'{e} g\'{e}opolitique actuelle nous pousse \`{a}
regarder de plus pr\`{e}s les menaces pos\'{e}es par l'utilisation
potentielle d'armes biologiques. 

La question du risque acceptable de la recherche biologique est donc
pos\'{e}e et doit tenir compte d'un c\^{o}t\'{e}, des enjeux de la
recherche pour notre sant\'{e}, notre environnement ou notre
qualit\'{e} de vie, et de l'autre, de notre capacit\'{e} \`{a} la prise
en compte de ses enjeux de s\'{e}curit\'{e}, de s\^{u}ret\'{e} et de
dualit\'{e}. Cette revue vise \`{a} faire le point sur les risques
identifi\'{e}s et les mesures prises, en France, pour les limiter. 
\end{abstract}

\begin{altabstract}
At a time when biological research is booming, driven by the explosion
in synthetic biology and sequencing capabilities, as well as the
phenomenal biological data these fields generate, debates are raging
among experts and in society at large.

The major pandemic crisis triggered by SARS-CoV-2 has resurrected
debates about laboratory safety and our ability to respond to
biological risks. Current geopolitical instability is also prompting us
to take a closer look at the threats posed by the potential use of
biological weapons.

Therefore, the question of the acceptable risk of biological research
arises, which must take into consideration, on the one hand, the
importance of research for our health, environment and quality of life,
and, on the other hand, our ability to take into account safety,
security and dual-use issues. The aim of this review is to take stock
of the risks identified and the measures taken in France to limit them.
\end{altabstract}

\maketitle

{\vspace*{1pt}}

\twocolumngrid

\end{noXML}

\section{Introduction}\label{sec1}

{\vspace*{-1pt}}

\subsection{Risques, accidents et menaces}\label{sec11}

{\vspace*{-1pt}}

Il est des \'{e}v\`{e}nements mondiaux qui font prendre conscience des
risques. En 1986, la fusion du c\oe{}ur du r\'{e}acteur nucl\'{e}aire
de la centrale de Tchernobyl en Ukraine fait prendre conscience \`{a}
la Terre enti\`{e}re des risques potentiels de l'exploitation de
l'\'{e}nergie nucl\'{e}aire. En 2011, le raz de mar\'{e}e qui suit le
tremblement de terre au Japon fait rejaillir le spectre du risque
radiologique \`{a} Fukushima. Ces \'{e}v\`{e}nements majeurs ont permis
aux experts du domaine de r\'{e}viser les normes de s\^{u}ret\'{e} des
installations et de proposer des mesures de protection adapt\'{e}es
pour \'{e}viter que de tels \'{e}v\`{e}nements puissent se reproduire,
selon le principe du retour d'exp\'{e}rience.

Dans le domaine biologique, des cycles de pand\'{e}mies majeures se
succ\`{e}dent, faisant des millions de morts, puis tombent dans un
quasi-oubli \mbox{collectif}. Mis \`{a} part la c\'{e}l\`{e}bre grippe
espagnole (H1N1) de 1918 (entre 30~millions et 100~millions de morts),
qui se souvient de la pand\'{e}mie de grippe asiatique (H2N2) qui fit
entre 1 et 4~millions de morts en~1957~? De la grippe de Hong-Kong
(H3N2) de~1968, qui en fit tout autant~? Ou enfin de la grippe russe
(H1N1) de~1977 et de ses~700~000 morts et dont l'origine ne semble plus
si naturelle \citep{Wertheim10}? 

Les biologistes, pourtant, les gardent en m\'{e}moire et tentent de
trouver les meilleures contre-mesures pour s'en pr\'{e}munir. Le
d\'{e}veloppement de m\'{e}dicaments (antibiotiques, antiviraux,
traitements symptomatiques, vaccins{\,\ldots}) et les r\'{e}ponses
sociales et \mbox{soci\'{e}tales} permettent de limiter la mortalit\'{e} lors
de ces \'{e}v\`{e}nements naturels. 

La derni\`{e}re pand\'{e}mie en date, celle provoqu\'{e}e par le virus
SRAS-CoV-2 de la famille des coronavirus, a pris de vitesse tous les
experts, et surtout mis en \mbox{\'{e}vidence} les risques associ\'{e}s aux
recherches m\^{e}mes qui visent \`{a} nous en pr\'{e}munir. En effet,
une fois pass\'{e}e la sid\'{e}ration due \`{a} la diffusion mondiale
d'un virus alors globalement inconnu quelques jours auparavant, la
question de son origine a \'{e}t\'{e} pos\'{e}e par tous, certains
cherchant ainsi des outils pour le combattre, puis pour mettre en
\oe{}uvre les moyens de s'en pr\'{e}munir et d'identifier ses possibles
successeurs dans cette ronde r\'{e}guli\`{e}re des pand\'{e}mies,
d'autres pour en rejeter la faute sur un pays tiers. Dans cette
ambiance de panique mondiale, de nombreuses hypoth\`{e}ses ont fait
jour.

Le pangolin, ce dr\^{o}le d'animal, a \'{e}t\'{e} accus\'{e}, mettant
alors en lumi\`{e}re les suppos\'{e}es m\oe{}urs barbares de ceux qui
le mangent, ou l'immoralit\'{e} de ceux qui le braconnent alors qu'il
est en danger d'extinction. \`{A} travers lui, l'anthropisation du
milieu a \'{e}t\'{e} accus\'{e}e, car il est vrai que le virus Nipah,
par exemple, a pu \'{e}merger suite au recul des for\^{e}ts tropicales
au profit de plantations de palmiers et d'\'{e}levages de porcs en
Asie.

Sont venues aussi les accusations d'armes biologiques brandies par les
uns et les autres se rejetant la responsabilit\'{e} sur un fond de
guerre \'{e}conomique et id\'{e}ologique entre la Chine et les
\'{E}tats-Unis. Ces armes, interdites par la convention d'interdiction
des armes biologiques et \`{a} toxines (CIABT) depuis~1972, et ayant
une histoire complexe avec un apog\'{e}e durant la guerre froide et
jusque dans les ann\'{e}es~1990, auraient, bien plus s\^{u}rement que
les bombes atomiques, pu \'{e}teindre l'esp\`{e}ce humaine plusieurs
fois.

Enfin, l'hypoth\`{e}se de l'accident de laboratoire a \'{e}t\'{e}
soulev\'{e}e. Il est vrai que la ville \`{a} l'\'{e}picentre de cette
pand\'{e}mie, Wuhan, est un centre universitaire majeur en Chine et
dispose d'un institut de virologie et de laboratoires nationaux de
virologie de premier plan, dont un laboratoire de haute
s\'{e}curit\'{e}, appel\'{e} P4. Si ce laboratoire a depuis \'{e}t\'{e}
mis hors de cause, les soup\c{c}ons se sont port\'{e}s sur d'autres
laboratoires de la r\'{e}gion.

De ces trois hypoth\`{e}ses, deux continuent \`{a} \^{e}tre
d\'{e}fendues sans qu'il soit encore possible de trancher,
l'hypoth\`{e}se d'une arme biologique ayant \'{e}t\'{e} abandonn\'{e}e
en l'absence de preuve.

\subsection{Risques biologiques}\label{sec12}

Aujourd'hui donc, les recherches r\'{e}alis\'{e}es dans les
laboratoires de biologie sont scrut\'{e}es avec attention, espoirs et
parfois craintes. Si l'arriv\'{e}e tr\`{e}s rapide de vaccins, de
traitements (antiviraux, anticorps ou symptomatiques) a sauv\'{e} des
millions de vies, les laboratoires de virologies restent suspects aux
yeux de certains. Pourtant, depuis des ann\'{e}es, les scientifiques et
les autorit\'{e}s mettent \`{a} jour les normes et les r\`{e}gles
permettant un travail de plus en plus s\^{u}r dans ces environnements
qui pr\'{e}sentent des risques av\'{e}r\'{e}s. Il est vrai que les
progr\`{e}s techniques et l'avanc\'{e}e de nos connaissances permettent
de mieux se prot\'{e}ger, mais ils donnent aussi acc\`{e}s \`{a} des
virus inconnus ou aux propri\'{e}t\'{e}s nouvelles.

Trois grands risques sont pris en compte dans le cadre des recherches
biologiques en g\'{e}n\'{e}ral, et plus particuli\`{e}rement quand
elles impliquent des agents infectieux pr\'{e}sentant un danger pour la
sant\'{e} humaine, animale, des plantes ou plus globalement  de
l'environnement.

Le premier risque est celui d'une fuite ou d'une contamination
accidentelle avec un agent pathog\`{e}ne en laboratoire. Les mesures
prises pour s'en pr\'{e}munir rel\`{e}vent de la
\textbf{bios\'{e}curit\'{e}}. 

Le second est celui li\'{e} \`{a} la malveillance, comme le vol de
souches pour les utiliser dans une attaque contre un individu, une
population, ou pour nuire \`{a} la r\'{e}putation d'un laboratoire,
d'une entreprise ou d'un pays par exemple. Il peut aussi s'agir de
l'acquisition de comp\'{e}tences cl\'{e}s sp\'{e}cifiques par un
individu mal intentionn\'{e} qui pourra ensuite les utiliser dans le
cadre d'une action malveillante. Ces risques sont pris en compte dans
le cadre de la \textbf{bios\^{u}ret\'{e}}. 

Enfin, de fa\c{c}on plus complexe, il existe un risque associ\'{e}
\`{a} la mise \`{a} disposition de tous, dans le domaine public,
d'informations pouvant \^{e}tre d\'{e}tourn\'{e}es afin de r\'{e}aliser
ou favoriser une attaque \`{a} l'aide d'un agent biologique. Les
recherches ayant ainsi une utilit\'{e} \`{a} la soci\'{e}t\'{e}, mais
pouvant aussi, directement ou indirectement, \^{e}tre utilis\'{e}es par
une entit\'{e} malveillante sont appel\'{e}es 
\guillemotleft{}~\textbf{recherches
duales \`{a} risque}~{}\guillemotright{}~et ne font pas l'objet d'une r\'{e}glementation
particuli\`{e}re, mais d'un suivi fin sur lequel nous reviendrons.

Le renforcement des mesures de protection contre chacun de ces risques
renforce la s\'{e}curit\'{e} globale des laboratoires et prot\`{e}ge
les chercheurs qui y \mbox{travaillent,} mais complexifie souvent leurs
activit\'{e}s. La probl\'{e}matique d'un \'{e}quilibre entre la mise en
place des mesures, les capacit\'{e}s d'agir vite et de maintenir une
expertise dans ces domaines essentiels se pose donc tr\`{e}s fortement.

\section{Bios\'{e}curit\'{e} et risque accidentel}\label{sec2}

Le premier risque d\'{e}taill\'{e} ici est le risque d'accident. La
question des accidents et incidents de laboratoire est cruciale et il
existe de nombreux exemples qui ont conduit au fur et \`{a} mesure du
d\'{e}veloppement de la recherche en biologie \`{a} la mise en place de
normes et de r\`{e}gles de s\^{u}ret\'{e}. Ainsi, par exemple, depuis
de nombreuses ann\'{e}es, il n'est plus observ\'{e} de pipetage \`{a}
la bouche en laboratoire alors qu'il s'agissait de la norme jusque dans
les ann\'{e}es~1980, voire~1990. Les r\`{e}gles et normes concernant
les industries mettant en \oe{}uvre des agents biologiques \'{e}voluent
aussi constamment, mais ne seront pas trait\'{e}es dans cet article.
\vspace*{-3pt}

\subsection{Exemples}\label{sec21}
\vspace*{-3pt}

Un exemple frappant d'accident de laboratoire est celui impliquant le
virus responsable de la maladie du singe vert \`{a} Marbourg en
Allemagne. En effet, en~1967, un virus, depuis baptis\'{e} virus de
Marbourg, a infect\'{e} 31~personnes (23~\`{a} Marbourg, six \`{a}
Frankfort et deux \`{a} Belgrade). Vingt-six de ces cas \'{e}taient des
personnels ayant \'{e}t\'{e} en contact avec des singes,
accidentellement porteurs du virus, import\'{e}s dans un laboratoire de
recherche. Les autres cas \'{e}taient des personnels m\'{e}dicaux ayant
\'{e}t\'{e} infect\'{e}s au contact des malades ou de leurs sangs
\citep{Luby69}. Sept patients trouv\`{e}rent la mort dans les 8 \`{a} 17
jours qui suivirent cette contamination au laboratoire. L'\'{e}tat
sanitaire des singes import\'{e}s \'{e}tait mal connu et des mesures de
protection suffisantes n'ont certainement pas \'{e}t\'{e} prises,
conduisant \`{a} une infection acquise en laboratoire, puis \`{a} une
dispersion du virus hors du laboratoire. Ce virus \'{e}tant aujourd'hui
class\'{e} 4~\footnote{Les virus et les bact\'{e}ries
sont class\'{e}s en groupes de risques de 1, ne pr\'{e}sentant pas de
risques pour la sant\'{e}, les animaux, les plantes ou l'environnement,
\`{a} 4, pour les agents biologiques pr\'{e}sentant le plus de risques
du fait de leur mortalit\'{e}, leur contagiosit\'{e} et l'absence de
traitement ou de prophylaxie.}, sa manipulation ne peut se faire que
dans un laboratoire de haut confinement avec le port de protections
adapt\'{e}es, un traitement des d\'{e}chets stricts et des mesures de
s\'{e}curit\'{e} biologique \`{a} m\^{e}me d'emp\^{e}cher toute
contamination du manipulateur ou de son environnement.

Certains agents biologiques peuvent avoir un \mbox{effet} d\'{e}l\'{e}t\`{e}re
sur la sant\'{e} plusieurs ann\'{e}es apr\`{e}s une contamination. Le
VIH, responsable de la maladie du SIDA, par exemple, peut ne pas
provoquer de sympt\^{o}mes pendant plusieurs ann\'{e}es apr\`{e}s sa
p\'{e}n\'{e}tration dans l'organisme du patient. Dans ce cas, une
contamination en laboratoire peut \^{e}tre plus complexe \`{a}
identifier, tracer et traiter. Un exemple majeur d'infection
difficilement tra\c{c}able est celui li\'{e} aux travaux sur les
prions, ces prot\'{e}ines dont la conformation peut provoquer la
maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ). Cet agent prot\'{e}ique, ni
bact\'{e}rien, ni viral, tr\`{e}s stable et r\'{e}sistant dans
l'environnement, peut contaminer le manipulateur par piqure ou coupure
avec un objet contamin\'{e}. L'absence de test de diagnostic
pr\'{e}coce pour la maladie qu'il provoque, le d\'{e}lai parfois
tr\`{e}s long entre \guillemotleft{}~l'infection~\guillemotright{}~et le d\'{e}veloppement des
sympt\^{o}mes, l'absence de traitement pour la maladie et son
\'{e}volution tr\`{e}s rapide lorsqu'elle se d\'{e}clare, sont des
facteurs rendant l'accident de laboratoire particuli\`{e}rement
anxiog\`{e}ne. Deux d\'{e}c\`{e}s, li\'{e}s \`{a} des MCJ, de
techniciens ayant travaill\'{e} sur les prions dans un laboratoire
fran\c{c}ais ont conduit \`{a} la mise en place, en France, d'un
moratoire sur les travaux sur les prions \citep{INRAE21}. Le rapport d'un
d\'{e}c\`{e}s similaire en Espagne \citep{Ansede23} tend \`{a} montrer
que ce type d'accident a pu se produire plus largement, mais qu'il est
tr\`{e}s difficile de faire un lien direct entre une contamination en
laboratoire et un d\'{e}c\`{e}s pouvant intervenir 10~ans apr\`{e}s.
Fort heureusement, cette maladie n'est pas contagieuse et la
contamination en laboratoire n'a pas de risque de se r\'{e}pandre dans
la population. 

Les fuites de laboratoires peuvent parfois avoir des cons\'{e}quences
financi\`{e}res majeures. L'exemple des crises de la fi\`{e}vre
aphteuse en Angleterre en 2001 et en 2007 est particuli\`{e}rement
parlant. En 2001, une \'{e}pizootie de fi\`{e}vre aphteuse non
associ\'{e}e \`{a} un accident de laboratoire conduit \`{a} l'abattage
de milliers d'animaux et \`{a} un co\^{u}t de l'ordre de 13~milliards
d'euros en Angleterre. Lorsqu'en 2007, de nouveaux cas de fi\`{e}vre
aphteuse sont d\'{e}cel\'{e}s en Angleterre \citep{Cressey07}, les
autorit\'{e}s r\'{e}agissent donc rapidement et r\'{e}ussissent \`{a}
limiter la propagation de la maladie. L'enqu\^{e}te sur l'origine de la
souche met en \'{e}vidence un lien avec des laboratoires en charge de
la recherche et du d\'{e}veloppement de vaccins dont une canalisation
serait endommag\'{e}e. Le virus s'est ainsi d\'{e}vers\'{e} dans la
terre qui aurait \'{e}t\'{e} ensuite d\'{e}plac\'{e}e par les ouvriers
sur un chantier \`{a} proximit\'{e}. Une seconde crise \'{e}conomique
majeure est\break \'{e}vit\'{e}e.

Il existe de tr\`{e}s nombreux exemples d'accidents, comme celui qui
fit la derni\`{e}re victime de la variole, la photographe Janet Parker,
contamin\'{e}e par les rejets d'un laboratoire de recherche \`{a}
Birmingham, en Angleterre, en 1979 \citep{P79}. Mais l'un des exemples
les plus parlant concerne, la m\^{e}me ann\'{e}e, une fuite depuis un
laboratoire produisant des armes biologiques \`{a} Sverdlovsk en URSS,
dans l'usine militaire no~19 d\'{e}volue \`{a} la
production de bacilles du charbon (bact\'{e}ries tr\`{e}s virulentes)
sous forme de poudre a\'{e}rosolisable. L'oubli d'un filtre dans les
tuyaux d'\'{e}chappement de l'usine a conduit \`{a} la contamination
des populations r\'{e}sidant dans la zone couverte par le vent dominant
autour du centre. Il est estim\'{e} que cet incident fit au moins une
centaine de morts (bien que les dossiers de l'h\^{o}pital aient disparu
et qu'il soit difficile de les identifier). La v\'{e}ritable nature de
cet \'{e}v\`{e}nement a \'{e}t\'{e} gard\'{e}e secr\`{e}te jusqu'en
1992 \citep{Smith92}. Cet accident soul\`{e}ve de nombreuses questions, et
l'usage agressif qui peut \^{e}tre fait de la biologie sera trait\'{e}
dans la partie d\'{e}volue aux recherches duales \`{a} risque et \`{a}
la prolif\'{e}ration.

\subsection{Analyse des risques}\label{sec22}

Les exemples pr\'{e}c\'{e}dents mettent en \'{e}vidence des risques
diff\'{e}rents en fonction des situations. Si la tr\`{e}s grande
majorit\'{e} des accidents de laboratoires n'ont qu'un impact mineur,
voire nul, sur la sant\'{e} ou l'environnement, des mesures de
protection doivent \^{e}tre mises en place pour se pr\'{e}munir des
cons\'{e}quences parfois catastrophiques \'{e}voqu\'{e}es. Le risque
principal est la contamination accidentelle du manipulateur, premier
expos\'{e} lors des manipulations, qui pourra par la suite transmettre
l'agent (s'il est contagieux, ou s'il s'est d\'{e}pos\'{e} sur ses
v\^{e}tements, cheveux ou peau) \`{a} son environnement proche et par
transmissions successives, en fonction du taux de reproduction (R0) de
l'agent, contaminer une population locale (\'{e}pid\'{e}mie) ou
beaucoup plus large (pand\'{e}mie). Il s'agit du risque majeur
\'{e}voqu\'{e} par certaines hypoth\`{e}ses, comme l'origine de la
Covid en 2019, et responsable des cas de maladie de Marbourg en 1967,
voire de l'origine de la grippe russe de 1977.

\subsection{Mesures de protection r\'{e}glementaires}\label{sec23}

Au fur et \`{a} mesure de la prise en compte de ces risques, une
r\'{e}glementation nationale, europ\'{e}enne et internationale a
\'{e}t\'{e} mise en place.

Au niveau international tout d'abord, l'Organisation mondiale de la
sant\'{e} (OMS) a produit et met \`{a} jour r\'{e}guli\`{e}rement un
guide de bios\'{e}curit\'{e} \citep{OMS22} rappelant les principales
mesures \`{a} mettre en \oe{}uvre. Ce guide proposait, jusqu'\`{a}
pr\'{e}sent, un classement des laboratoires de la classe~1 \`{a} la
classe~4 permettant de mettre en \oe{}uvre des manipulations allant des
moins risqu\'{e}es aux plus risqu\'{e}es. Ce classement a, depuis la
4$^{\mathrm{e}}$ \'{e}dition du guide en 2020, \'{e}t\'{e} remplac\'{e}
par une approche combinant une analyse de risques \`{a} des mesures de
protection adapt\'{e}es. Ce guide rappelle les principales mesures de
protection \`{a} m\^{e}me de limiter les accidents de laboratoires avec
des agents pathog\`{e}nes. Il n'est cependant pas accompagn\'{e}
d'obligation ou de contr\^{o}le par l'OMS, mais des formations sont
dispens\'{e}es.

Au niveau europ\'{e}en, le texte r\'{e}glementaire majeur concerne la
s\'{e}curit\'{e} des micro-organismes g\'{e}n\'{e}tiquement
modifi\'{e}s (MGM). En effet, la directive europ\'{e}enne 2009/41/CE du
6~mai~2009, transpos\'{e}e dans le droit fran\c{c}ais au sein du code
de l'environnement \citep{TitreIII21}, pr\'{e}voit un confinement strict de
tout MGM. Ce confinement doit \^{e}tre adapt\'{e} pour prot\'{e}ger
l'environnement et le manipulateur, et est recommand\'{e} apr\`{e}s une
analyse de risques port\'{e}e par le manipulateur et le comit\'{e}
d'expertise des utilisations confin\'{e}es d'organismes
g\'{e}n\'{e}tiquement modifi\'{e}s (CEUCO).

Enfin, au niveau national, deux r\'{e}glementations s'imposent aux
chercheurs travaillant sur les agents pathog\`{e}nes. Tout d'abord, le
Code du travail dispose que les agents pathog\`{e}nes, modifi\'{e}s ou
non, sont class\'{e}s en groupes de risques de 1 \`{a} 4, par les
minist\`{e}res en charge du travail, de la sant\'{e} et de
l'agriculture, et doivent \^{e}tre manipul\'{e}s dans des conditions de
confinement adapt\'{e}es \`{a} ces risques afin d'en prot\'{e}ger les
travailleurs. La seconde r\'{e}glementation est plus large et sera
aussi trait\'{e}e dans la partie suivante. Il s'agit de la loi sur les
micro-organismes et toxines (MOT) de~2004. Cette loi couvre \`{a} la
fois les risques accidentels et malveillants. Elle s'applique
uniquement lors de la manipulation de certains micro-organismes et
toxines list\'{e}es par un arr\^{e}t\'{e} \citep{Arrete23} sur la base
d'une analyse de risques r\'{e}alis\'{e}e par un \mbox{comit\'{e}}
scientifique temporaire de l'Agence nationale de s\'{e}curit\'{e} des
m\'{e}dicaments et des produits de sant\'{e} (ANSM). Cette
r\'{e}glementation est beaucoup plus contraignante que les
pr\'{e}c\'{e}dentes et pr\'{e}voit, en plus des mesures de
s\^{u}ret\'{e} biologique sur lesquelles nous reviendrons par la suite,
des mesures de s\'{e}curit\'{e} biologique dont l'application est
v\'{e}rifi\'{e}e par des inspections pr\'{e}alables \`{a} toute
autorisation de manipulation, puis r\'{e}guli\`{e}rement, par des
inspecteurs de l'ANSM. Cette r\'{e}glementation pr\'{e}voit aussi une
remont\'{e}e d'information imm\'{e}diate et obligatoire, concernant
tout incident ou accident survenu dans une structure manipulant des
agents\break list\'{e}s.

\section{Bios\^{u}ret\'{e} et malveillance}\label{sec3}

Les enjeux de bios\^{u}ret\'{e} recouvrent deux probl\'{e}matiques
proches et parfois confondues. La premi\`{e}re concerne les armes
biologiques, la seconde le bioterrorisme. Dans les deux cas, l'objectif
de l'acteur malveillant est de produire un tort \`{a} l'aide d'un agent
biologique en provoquant une maladie humaine, animale ou
v\'{e}g\'{e}tale, en faisant subir une perte \'{e}conomique, en
alt\'{e}rant l'environnement ou le patrimoine, ou en cr\'{e}ant un
d\'{e}sordre social par exemple. 


\subsection{Exemples}\label{sec31}


Les programmes d'armes biologiques \'{e}tatiques ont \'{e}t\'{e}
imagin\'{e}s d\`{e}s la Premi\`{e}re Guerre mondiale, bien
qu'auparavant des actions biologiques aient pu \^{e}tre
r\'{e}alis\'{e}es en temps de guerre avec une approche plus empirique.
Nous pouvons ainsi \'{e}voquer les fl\`{e}ches contamin\'{e}es par des
d\'{e}jections, de la terre, ou des cadavres en putr\'{e}faction
d\'{e}j\`{a} utilis\'{e}es lors des guerres de l'antiquit\'{e}
\citep{Debord02}. Un second exemple historique est l'utilisation de
cadavres de pestif\'{e}r\'{e}s lors du si\`{e}ge de Caffa, par les
Tatares en 1346, qui finit par contaminer toute l'Europe et provoqua
l'\'{e}pisode de peste noire qui tua une grande partie de la population
du continent par la suite. Le dernier exemple classique historique est
celui de la distribution de couvertures contamin\'{e}es par la variole
aux peuples autochtones par les colons europ\'{e}ens au
XVIII$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle \citep{Mallet21}.

Bien qu'ayant eu des cons\'{e}quences majeures, ces utilisations, \`{a}
la guerre, d'agents biologiques sont sans commune mesure avec les
programmes d'armements modernes d\'{e}velopp\'{e}s par de nombreux pays
au sortir de la Premi\`{e}re Guerre mondiale. Le \mbox{programme} japonais de
l'unit\'{e}~731, officiellement d\'{e}di\'{e} \`{a} \guillemotleft{}~la
pr\'{e}vention des \'{e}pid\'{e}mies et \`{a} la purification de
l'eau~\guillemotright{}, qui fit des centaines de milliers de victimes, est le
pr\'{e}curseur des programmes offensifs am\'{e}ricains et
sovi\'{e}tiques qui fleurirent durant la guerre froide et se
poursuivirent jusqu'en~1969 pour le premier, et~1992 pour le second.
Ces deux programmes en particulier ---~mais beaucoup d'autres pays en
d\'{e}velopp\`{e}rent aussi~---, permirent la production en masse
d'agents biologiques parfois modifi\'{e}s afin d'\^{e}tre utilis\'{e}s
dans des munitions sp\'{e}cialis\'{e}es, ou diffus\'{e}s par des
syst\`{e}mes de vectorisation tr\`{e}s efficaces. Aujourd'hui
prohib\'{e}s par la convention d'interdiction des armes biologiques et
\`{a} toxines (CIABT), entr\'{e}e en vigueur en~1972, ces armes
\'{e}taient auparavant interdites d'emploi \guillemotleft{}~en 
premier~\guillemotright{}~par la
convention de Gen\`{e}ve de~1925, laissant cependant la possibilit\'{e}
de les utiliser en r\'{e}ponse \`{a} une attaque de m\^{e}me nature.
Cette absence d'interdiction totale a permis de laisser \'{e}merger une
recherche offensive avanc\'{e}e et un stockage d'agents biologiques
destin\'{e}s \`{a} \^{e}tre utilis\'{e}s dans des munitions
adapt\'{e}es. La CIABT interdit donc depuis~1972 la mise au point, la
fabrication, le stockage et bien s\^{u}r l'utilisation de telles armes
\citep{UNODA14} \`{a} tous les pays signataires de la convention.

Le bioterrorisme est aussi un usage malveillant d'agents biologiques
permettant \`{a} un individu ou \`{a} une organisation d'attaquer un
individu ou un groupe d'individus. Il existe de nombreux exemples
d'actes de bioterrorisme, mais peu ont \'{e}t\'{e} men\'{e}s
efficacement \`{a} leur terme, heureusement. L'\'{e}v\`{e}nement le
plus connu est probablement l'envoi de lettres contenant des spores de
la bact\'{e}rie \textit{Bacillus anthracis} aux \'{E}tats-Unis en
septembre 2001. Cet \'{e}pisode, connu sous le nom de l'Amerithrax a
provoqu\'{e} une panique mondiale et a caus\'{e} la mort de cinq
personnes \citep{Keim11}. 

La secte Aum Shinrikyo, connue pour son attaque du m\'{e}tro de Tokyo
avec du gaz Sarin en~1995, avait quant \`{a} elle tent\'{e} d'utiliser,
sans succ\`{e}s, la m\^{e}me bact\'{e}rie ainsi que de la toxine
botulique avant de se tourner vers une attaque chimique. 

Enfin, en 1984 aux \'{E}tats-Unis la secte Rajneeshee avait
empoisonn\'{e} des bars \`{a} salade locaux avec des salmonelles pour
emp\^{e}cher les \'{e}lecteurs de voter. 

Le point commun entre ces trois attaques est que les agents
utilis\'{e}s avaient \'{e}t\'{e} vol\'{e}s dans des \mbox{laboratoires} de
biologie, soulignant ainsi le besoin de protection de ces agents contre
le vol.

\subsection{Analyse des risques}\label{sec32}

\`{A} la lecture des quelques exemples d\'{e}velopp\'{e}s ici sur le
risque de s\^{u}ret\'{e} biologique, il apparait clairement que deux
grands risques diff\'{e}rents sont en jeu. Le premier est le risque
qu'un \'{e}tat profite des connaissances et des \guillemotleft{}~objets
biologiques~\guillemotright{}~produits dans un laboratoire pour d\'{e}velopper un
programme d'armes de destruction massive. Le second est le risque de
vol d'agents biologiques par un individu ou un groupe organis\'{e}
(terroriste, secte, criminalit\'{e}) pour entreprendre une action
violente en l'utilisant directement. Il existe cependant un
troisi\`{e}me risque qui pourrait affaiblir le pays cibl\'{e} par
l'attaque d'une ou plusieurs de ses entit\'{e}s essentielles \`{a} la
r\'{e}ponse aux risques biologiques. En effet, une attaque dirig\'{e}e
contre un laboratoire ou un \'{e}tablissement de sant\'{e} essentiel et
emp\^{e}chant la r\'{e}ponse \`{a} un risque biologique naturel,
accidentel ou malveillant serait de nature \`{a} aggraver ce risque. Ce
sc\'{e}nario, pas encore observ\'{e}, est cependant cr\'{e}dible dans
le cadre d'attaques dites hybrides. Il pourrait faire intervenir un
sabotage, une attaque informatique ou une attaque physique des centres
essentiels \`{a} la r\'{e}ponse coordonn\'{e}e de l'\'{E}tat. 

\subsection{Mesures de protection en France}\label{sec33}

Ces risques ont aussi \'{e}t\'{e} pris en compte par le l\'{e}gislateur
fran\c{c}ais et il existe une s\'{e}rie d'outils pour les r\'{e}duire
et en minimiser les effets.

Tout d'abord concernant le risque de captation d'informations (entendre
les savoirs et savoir-faire sensibles) pouvant \^{e}tre utilis\'{e}es
par un \'{e}tat ou une organisation en vue de r\'{e}aliser une attaque
biologique. La r\'{e}glementation de la protection du potentiel
scientifique et technique de la nation (PPST) \citep{SGDSN25} est une
politique publique permettant de prot\'{e}ger des laboratoires publics
ou priv\'{e}s contre l'espionnage et le pillage scientifique en
d\'{e}finissant des zones \`{a} r\'{e}gime restrictif (ZRR) o\`{u}
seuls les personnels d\^{u}ment autoris\'{e}s peuvent avoir acc\`{e}s.
Cette r\'{e}glementation a une application plus large que la seule
s\^{u}ret\'{e} biologique puisqu'elle prend en compte dans ses
\'{e}valuations de sensibilit\'{e} des laboratoires quatre grands
risques concernant la captation et le d\'{e}tournement potentiels des
recherches qui pourraient:
\begin{itemize}
\item porter pr\'{e}judice aux int\'{e}r\^{e}ts et \`{a} la
comp\'{e}titivit\'{e} \'{e}conomiques et scientifiques de la France~;
\item renforcer les capacit\'{e}s militaires (conventionnelles) d'un
autre pays ou affaiblir les capacit\'{e}s de d\'{e}fense
fran\c{c}aises~;
\item contribuer \`{a} la prolif\'{e}ration des armes de destruction
massive et de leurs vecteurs, dans les domaines nucl\'{e}aire,
balistique, chimique ou biologique~;
\item \^{e}tre utilis\'{e}s pour commettre des actes terroristes, sur
le territoire national ou \`{a} l'\'{e}tranger (ce risque comprend
\'{e}galement le risque radiologique).
\end{itemize}
Lorsqu'une ou plusieurs ZRR sont cr\'{e}\'{e}es dans un laboratoire du
fait de sa sensibilit\'{e} dans l'un ou plusieurs de ces domaines, les
mesures r\'{e}glementaires de contr\^{o}le d'acc\`{e}s permettent une
protection efficace contre les risques de captation et d\'{e}tournement
indus des savoirs sensibles.

Le second volet r\'{e}glementaire permettant de r\'{e}duire le risque
biologique malveillant est le contr\^{o}le des exportations de biens
\`{a} double usage (BDU). Il s'agit d'un dispositif reposant sur la
d\'{e}livrance, par les autorit\'{e}s nationales de contr\^{o}le,
d'autorisations d'exportation de BDU. Un BDU est un produit, tangible
ou intangible, susceptible d'avoir une utilisation tant civile que
militaire, notamment dans le cadre de programmes d'armes de destruction
massive. Ce dispositif repose juridiquement sur le r\`{e}glement
europ\'{e}en 2021/821 du 20~mai~2021 qui comprend une liste de biens et
technologies dont le contr\^{o}le \`{a} l'exportation a \'{e}t\'{e}
agr\'{e}\'{e} au sein des r\'{e}gimes multilat\'{e}raux de contr\^{o}le
des exportations. Dans le domaine biologique, la liste de ces BDU est
principalement fix\'{e}e sur la base de la liste d\'{e}finie par le
Groupe Australie \citep{GA14}. Le Groupe Australie est une instance
informelle r\'{e}unissant des pays qui tentent, en \mbox{harmonisant} les
contr\^{o}les, d'emp\^{e}cher leurs exportations de contribuer \`{a} la
prolif\'{e}ration des armes chimiques et biologiques. Coordonner les
mesures nationales de contr\^{o}le des exportations aide les membres de
ce groupe \`{a} satisfaire \`{a} leurs obligations d\'{e}coulant de la
Convention d'interdiction des armes chimiques (CIAC) et de la
Convention d'interdiction des armes biologiques et \`{a} toxines
(CIABT). Ainsi, lorsqu'une entreprise ou un laboratoire souhaite
exporter un des biens list\'{e}s, il doit d\'{e}poser une demande de
licence d'exportation aupr\`{e}s du service des biens \`{a} double
usage (SBDU) du minist\`{e}re de l'Industrie. Cette demande de licence
est examin\'{e}e par les minist\`{e}res en charge du contr\^{o}le des
exportations de BDU, qui sont membres de la commission
interminist\'{e}rielle des biens \`{a} double usage, puis le SBDU
notifie l'octroi ou non de la licence, la d\'{e}livrance pouvant
\^{e}tre assortie de conditions. Ce type de contr\^{o}le des
exportations permet de limiter les risques que des mat\'{e}riels
fran\c{c}ais ou des savoir-faire associ\'{e}s contribuent \`{a} un
programme offensif dans le domaine\break biologique.

Comme \'{e}voqu\'{e} dans la partie consacr\'{e}e aux risques
accidentels, la r\'{e}glementation sur les micro-organismes et toxines
(MOT) est aussi un outil majeur de protection contre le risque
d'utilisation malveillante des agents biologiques. Cette
r\'{e}glementation limite l'acc\`{e}s physique aux agents biologiques
(virus, bact\'{e}ries et toxines) les plus dangereux. La
r\'{e}glementation MOT exige en effet un contr\^{o}le des acc\`{e}s aux
lieux de stockage et de manipulation de ces agents, pr\'{e}voit une
autorisation individuelle pour y acc\'{e}der, et exige un contr\^{o}le
permanent de l'\'{e}tat de l'ensemble des stocks de ces agents. Cette
r\'{e}glementation est certainement la plus exigeante en termes de
tra\c{c}abilit\'{e} et de contr\^{o}le d'acc\`{e}s de tout l'arsenal
r\'{e}glementaire fran\c{c}ais dans le domaine, mais ne concerne que
les agents les plus dangereux. Elle permet de limiter les acc\`{e}s au
mat\'{e}riel dangereux par des individus mal intentionn\'{e}s. Il
s'agit d'une r\'{e}glementation compl\`{e}te qui couvre l'ensemble des
manipulations possibles sur ces agents biologiques, leur production,
leur stockage, leur utilisation, leur destruction, leur session et leur
transport. Elle est assortie de peines lourdes pour les contrevenants
et son application est v\'{e}rifi\'{e}e par des inspecteurs de l'Agence
nationale de s\'{e}curit\'{e} des m\'{e}dicaments et des produits de
sant\'{e} (ANSM) qui se d\'{e}placent dans les laboratoires qui y sont
soumis.

Enfin, le risque biologique indirect que pourrait faire courir une
attaque contre les \'{e}tablissements essentiels \`{a} la r\'{e}ponse
\`{a} un \'{e}v\`{e}nement majeur est couvert par le dispositif de
s\'{e}curit\'{e} des activit\'{e}s d'importance vitale (SAIV)
\citep{SGDSN25}. Ce dispositif, cr\'{e}\'{e} en 2006, vise \`{a} assurer
la protection physique et la cyberprotection d'op\'{e}rateurs (publics
ou priv\'{e}s) identifi\'{e}s comme indispensables pour la
continuit\'{e} d'activit\'{e} de la Nation ou, de mani\`{e}re plus
marginale, pouvant pr\'{e}senter un danger grave pour la population. Le
dispositif compte aujourd'hui plus de 300~op\'{e}rateurs,
d\'{e}sign\'{e}s d'importance vitale par l'\'{E}tat, dans 12~secteurs
d'activit\'{e}. Chaque secteur est supervis\'{e} par un minist\`{e}re
coordonnateur. Bien entendu, ce dispositif est plus large que le seul
domaine biologique, mais il contribue \`{a} prot\'{e}ger nos
capacit\'{e}s de r\'{e}ponse en cas d'\'{e}v\`{e}nement biologique. Ce
dispositif est tr\`{e}s complet et pr\'{e}voit l'ensemble des risques
(naturels, accidentels ou malveillants) pouvant porter atteinte \`{a}
la continuit\'{e} d'activit\'{e} pour ces \'{e}tablissements. 
\looseness=-1

La couverture offerte aux laboratoires par l'ensemble de ces
dispositions l\'{e}gales permet de prendre en compte la grande
majorit\'{e} des risques malveillants identifi\'{e}s. Ces
r\'{e}glementions et dispositifs ne sont pas exclusifs les uns des
autres et un \'{e}tablissement essentiel (OIV), manipulant des
micro-organismes class\'{e}s MOT, faisant l'objet d'une ZRR et
exportant du mat\'{e}riel, par exemple, devra se conformer \`{a}
l'ensemble des exigences pr\'{e}vues. Bien que ces r\'{e}glementations
aient un co\^{u}t pour les laboratoires, elles offrent aussi des outils
de protection essentiels, un partage de responsabilit\'{e} entre les
pouvoirs publics et les scientifiques, et une protection de la
soci\'{e}t\'{e}, gage d'une acceptabilit\'{e} publique plus grande des
risques potentiels. Par ailleurs, depuis~2001, suite aux lettres
pi\'{e}g\'{e}es aux bacilles du Charbon aux \'{E}tats-Unis et \`{a} la
prise de conscience massive de la menace biologique, de nombreux pays
se sont dot\'{e}s de r\'{e}glementations \'{e}quivalentes. La
s\^{u}ret\'{e} dans le domaine biologique s'est peu \`{a} peu mise au
niveau du nucl\'{e}aire par exemple. 

\section{Recherches duales \`{a} risque et prolif\'{e}ration} \label{sec4}

Le dernier risque identifi\'{e} concerne ce que l'on appelle les
recherches duales \`{a} risque (\textit{dual use research of concern}
ou DURC en anglais). Il s'agit de recherches ayant pour objectif la
production de connaissances \`{a} des fins pacifiques et positives,
mais qui pourraient avoir une utilisation d\'{e}tourn\'{e}e. Le Conseil
national consultatif pour la bios\'{e}curit\'{e} (CNCB) d\'{e}finit une
recherche duale \`{a} risque comme une recherche qui, sur la base de
\guillemotleft{}~l'\'{e}tat de l'art et des connaissances~\guillemotright{}~pourrait raisonnablement
conduire \`{a} des connaissances, des produits ou des technologies qui
pourraient \^{e}tre directement d\'{e}tourn\'{e}s et/ou poser une
menace pour la sant\'{e} publique, l'agriculture, la faune, la flore,
l'environnement et/ou la s\'{e}curit\'{e} nationale.

Ces recherches pr\'{e}sentent un risque \`{a} part, puisque ce ne sont
ni les souches manipul\'{e}es ni les objectifs premiers de la recherche
qui font courir le risque, mais le produit de connaissances qui
d\'{e}coulent de cette recherche. Le risque apparait lors de la
communication des r\'{e}sultats, par une publication, un poster ou un
s\'{e}minaire. La mise dans le domaine public de ces connaissances
pourrait permettre \`{a} une personne mal intentionn\'{e}e de produire
un effet d\'{e}l\'{e}t\`{e}re, soit par une application directe de ces
connaissances, soit par l'utilisation de ces connaissances dans un
contexte plus large. 

\subsection{Exemples}\label{sec41}

Les recherches duales \`{a} risque sont nombreuses et font souvent
l'objet de publications.

Au sein de ces DURC, il existe diff\'{e}rents types de travaux
caract\'{e}ristiques. On retrouve souvent des \'{e}tudes dites de
\guillemotleft{}~gain de fonction~\guillemotright{}~qui cherchent \`{a} octroyer \`{a} un virus ou
une bact\'{e}rie des fonctions dont ils ne disposent pas naturellement,
par modification g\'{e}n\'{e}tique ou par \'{e}volution en conditions
sp\'{e}cifiques. Il est ainsi possible de rendre des virus plus
virulents, changer leurs capacit\'{e}s infectieuses comme leur h\^{o}te
privil\'{e}gi\'{e}, les rendre r\'{e}sistants aux antiviraux, ou leur
permettre d'\'{e}chapper \`{a} la protection vaccinale. Ces travaux
sont souvent justifi\'{e}s par des questions de sant\'{e} publique
l\'{e}gitimes. C'est le cas par exemple des publications de R.~Fouchier
\citep{Herfst12} et de Y.~Kawaoka \citep{Imai12} en 2012 qui tous deux
pr\'{e}sentent des mutations permettant au virus influenza aviaire H5N1
(hautement virulent, transmissible uniquement depuis les oiseaux)
d'acqu\'{e}rir une capacit\'{e} de transmission entre mammif\`{e}res. 

Il existe aussi de nombreuses publications duales pr\'{e}sentant des
protocoles de production de virus \'{e}teints. Cette approche pourrait
pr\'{e}senter un int\'{e}r\^{e}t potentiel lors d'\'{e}tudes de
virologie en permettant de s'affranchir d'\'{e}tapes parfois complexes
d'isolation de virus dans la nature. Cependant, de nombreuses
\'{e}quipes ont souhait\'{e} appliquer ces recherches \`{a} des virus
ayant \'{e}t\'{e} \`{a} l'origine de pand\'{e}mies graves, comme la
grippe espagnole de 1918 \citep{Tumpey05}, la poliomy\'{e}lite, ou la
variole du cheval (un virus tr\`{e}s proche de la variole humaine). La
lecture de ces articles indique une volont\'{e}, de la part de leurs
auteurs, de reconnaissance apport\'{e}e par les commentaires, bons ou
mauvais, qui en r\'{e}sulteront. Une fois publi\'{e}s, ces articles
mettent d\'{e}finitivement des informations permettant la production de
virus tr\`{e}s dangereux  dans le domaine public, accessible
\`{a} tous. 

\vspace*{-3pt}

\subsection{Analyse des risques}\label{sec42}

\vspace*{-3pt}

Les recherches duales \`{a} risque pr\'{e}sentent donc un risque
diff\'{e}rent de ceux pr\'{e}sent\'{e}s jusqu'\`{a} pr\'{e}sent. Il ne
s'agit pas d'un risque port\'{e} par un objet physique, bact\'{e}rie,
virus, missile par exemple, mais d'un risque li\'{e} \`{a} une
connaissance sp\'{e}cifique partag\'{e}e, permettant \'{e}ventuellement
\`{a} un acteur malveillant de porter une attaque physique. Le risque
est complexe \`{a} appr\'{e}hender et doit peser de mani\`{e}re
attentive les b\'{e}n\'{e}fices et les risques port\'{e}s par cette
recherche, car emp\^{e}cher une recherche biologique peut parfois
\^{e}tre plus d\'{e}vastateur encore que de laisser un acteur
malveillant s'en emparer. 

\vspace*{-3pt}

\subsection{Mesures de protection en France}\label{sec43}

\vspace*{-3pt}

\`{A} de nombreux \'{e}gards, cette analyse de risque rejoint l'analyse
\'{e}thique d'une recherche. La r\'{e}ponse n'est pas toujours simple
\`{a} trouver et, au fur et \`{a} mesure, de nombreux outils
d'identification des risques, d'analyse et d'encadrement ont
\'{e}t\'{e} propos\'{e}s.

En France, la prise de conscience et la r\'{e}ponse doivent beaucoup
\`{a} trois chercheurs, Patrice Binder, Patrick Berche et Henri Korn.
Chacun, par son parcours scientifique, est arriv\'{e} \`{a} la
conclusion que les risques biologiques devaient \^{e}tre pris en
consid\'{e}ration et, ensemble, ils ont publi\'{e}, en 2008, le livre
\textit{Les menaces biologiques. Bios\'{e}curit\'{e} et
responsabilit\'{e} des scientifiques}. Cette prise de conscience a
pouss\'{e} les autorit\'{e}s publiques \`{a} cr\'{e}er le Conseil
national consultatif pour la bios\'{e}curit\'{e} (CNCB). Ce conseil,
constitu\'{e} \`{a} parts \'{e}gales de scientifiques et de
\mbox{repr\'{e}sentants} de l'administration, s'interroge et travaille sur les
risques biologiques. Il s'int\'{e}resse en particulier aux recherches
duales \`{a} risque pour lesquelles il propose des mesures de
limitation des risques. Les travaux dans ce domaine font l'objet de
l'article de Patrice Binder dans cette m\^{e}me revue. 

\section{Conclusion}\label{sec5}

La biologie est une science qui a connu une \'{e}volution sans
pr\'{e}c\'{e}dent depuis la fin du XX$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle,
permettant une accumulation exponentielle de connaissances et ouvrant
la voie \`{a} des espoirs de traitements pour de nombreuses maladies.
Les d\'{e}fis du XXI$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle sont majeurs en termes
de sant\'{e}, d'environnement, de transport, de mat\'{e}riaux de
production, de nourriture ou de mati\`{e}res premi\`{e}res, et la
biologie offre des r\'{e}ponses \`{a} ces enjeux. Cependant, au fur et
\`{a} mesure que cette science ouvre des perspectives nouvelles, des
utilisations d\'{e}tourn\'{e}es et possiblement malveillantes
\'{e}mergent. La prise en compte des risques doit avancer au m\^{e}me
rythme que la science qu'elle encadre. La France s'est dot\'{e}e d'une
r\'{e}glementation rigoureuse, parfois ressentie comme contraignante
par les acteurs de ce domaine, mais qui permet de prot\'{e}ger le
manipulateur et son environnement des infections acquises en
laboratoire~; le chercheur et son institution des malfaiteurs qui
voudraient utiliser les outils d\'{e}velopp\'{e}s pour nuire~; et la
soci\'{e}t\'{e} des armes biologiques ou des d\'{e}rives
\'{e}thiquement inacceptables. Il s'agit en effet au quotidien, pour
les acteurs du domaine, de mettre en place des proc\'{e}dures parfois
longues, sur des risques qui peuvent leur paraitre improbables ou
hypoth\'{e}tiques. Ces r\`{e}gles les prot\`{e}gent avant tout,
physiquement, l\'{e}galement et moralement, de dangers majeurs qui sont
d\'{e}j\`{a} advenus par le pass\'{e} et pourraient advenir encore
\`{a} l'avenir. 

\section*{Remerciements}

Merci aux \'{e}quipes des p\^{o}les BCE, NB, PP et TS pour leurs
relectures et corrections.

\section*{D\'eclaration d'int\'er\^ets}

L'auteur ne travaille pas, ne conseille pas, ne poss\`ede pas de parts,
ne re\c{c}oit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit
de cet article, et n'a d\'eclar\'e aucune autre affiliation que son
organisme de recherche.

\back{}

\vspace*{-3pt}

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\end{document}
