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\COI{L'auteur ne travaille pas, ne conseille pas, ne poss\`ede pas de
parts, ne re\c{c}oit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer
profit de cet article, et n'a d\'eclar\'e aucune autre affiliation que
son organisme de recherche.}

\begin{document}

\begin{noXML}

\CDRsetmeta{articletype}{history-of-sciences}

\editornote{Article soumis sur invitation}
\alteditornote{Article submitted by invitation}

\title{La bios\'{e}curit\'{e} \`{a} l'Acad\'{e}mie des sciences}

\alttitle{Biosafety at the French Academy of Sciences}

\author{\firstname{Jean-Yves} \lastname{Chapron}}
\address{Ancien directeur des publications de l'Acad\'{e}mie des
sciences, France}
\email{Jean-Yves.Chapron@academie-sciences.fr}

\keywords{\kwd{Bios\'{e}curit\'{e}}\kwd{D\'{e}fense}\kwd{Recherches
duales}\kwd{S\'{e}curit\'{e}}}

\altkeywords{\kwd{Biosafety}\kwd{Defense}\kwd{Dual-use
research}\kwd{Security}}

\begin{abstract} 
Dans le cadre de sa mission de conseil aupr\`{e}s des pouvoirs publics,
l'Acad\'{e}mie des sciences ne formalise son implication dans les
questions de d\'{e}fense qu'en 1992, par la cr\'{e}ation d'un
comit\'{e} Science technologie et strat\'{e}gie en lien avec le
minist\`{e}re de la D\'{e}fense. Ce comit\'{e} s'int\'{e}resse \`{a}
tous les aspects de la d\'{e}fense. La question des menaces biologiques
et des relations biologie-d\'{e}fense y est donc \'{e}voqu\'{e}e dans
un cadre g\'{e}n\'{e}ral.

Apr\`{e}s l'arr\^{e}t des activit\'{e}s de ce comit\'{e} en 1997,
l'Acad\'{e}mie cr\'{e}e en 2004 un comit\'{e} ind\'{e}pendant du
minist\`{e}re, le comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e}, vocable
incluant notamment la question de la s\'{e}curit\'{e} biologique dans
son acception la plus large, dont la d\'{e}fense. Dans la pratique, ce
comit\'{e} oriente progressivement ses travaux sur la biologie, avec la
publication en 2008 d'un ouvrage fondateur, \textit{Les menaces
biologiques}, dont une des recommandations principales est la
cr\'{e}ation d'un comit\'{e} scientifique de surveillance pour la
bios\'{e}curit\'{e}.

L'Acad\'{e}mie va ensuite \oe{}uvrer pour cette cr\'{e}ation, qui sera
act\'{e}e par le d\'{e}cret du 31 ao\^{u}t 2015 portant cr\'{e}ation du
Conseil national consultatif pour la bios\'{e}curit\'{e} (CNCB).
Plac\'{e} aupr\`{e}s du Premier ministre, le CNCB est un organisme
paritaire dont l'Acad\'{e}mie propose les membres scientifiques.
Entre-temps, en 2014, le comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} de
l'Acad\'{e}mie est devenu le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e}.
Il travaille depuis en \'{e}troite collaboration avec le CNCB, dans un
monde o\`{u} l'acc\'{e}l\'{e}ration de l'\'{e}volution scientifique
facilite l'acc\`{e}s \`{a} des technologies potentiellement duales, et
\`{a} des formes sophistiqu\'{e}es de terrorisme.
\vspace*{4pt}
\end{abstract}

\begin{altabstract}
As part of its mission to advise public authorities, the Acad\'{e}mie
des sciences only formalised its involvement in defense issues in 1992,
with the creation of a Science, Technology and Strategy Committee
linked to the Ministry of Defense. This committee is concerned with all
aspects of defense. The issue of biological threats and the
relationship between biology and defense are therefore addressed in a
general context.

After this committee was dissolved in 1997, in 2004 the Academy created
a committee independent of the ministry, the Science and Security
Committee, a term that includes the issue of biological security in its
broadest sense, including defense. In practice, this committee
gradually focused its work on biology, publishing a seminal work on
\textit{Biological threats} in 2008, one of the main recommendations
of which was the creation of a scientific committee to monitor
biosecurity.

Afterwards, the Academy worked for several years on this initiative,
which was formalised by the decree of 31 August 2015 establishing the
Conseil national consultatif pour la bios\'{e}curit\'{e} (CNCB).
Reporting to the Prime Minister, the CNCB is a joint body whose
scientific members are proposed by the Academy. Meanwhile, in 2014, the
Academy's Science and Safety Committee became the Science and Biosafety
Committee. It has since been working closely with the CNCB in a world
where accelerating scientific progress is facilitating access to
potentially dual-use technologies and sophisticated forms of
terrorism.
\end{altabstract}

%\input{CR-pagedemetas}

\maketitle

\vspace*{7pt}

\twocolumngrid

\end{noXML}

\defcitealias{bib2}{ibid.}
\defcitealias{bib7}{ibid.}

\section{Introduction}

Depuis sa cr\'{e}ation par Colbert en 1666, l'Acad\'{e}mie des sciences
a eu \`{a} traiter de questions de d\'{e}fense \`{a} plusieurs
reprises, essentiellement pendant les p\'{e}riodes de guerre~:
balistique et poudres d\`{e}s la fin du XVII$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle,
m\'{e}tallurgie pendant la R\'{e}volution, etc. Pendant la Guerre de
1870, mais surtout pendant la Premi\`{e}re Guerre mondiale, elle met
ses comp\'{e}tences \`{a} la disposition de la d\'{e}fense nationale en
organisant des commissions sp\'{e}cialis\'{e}es~: t\'{e}l\'{e}graphie
sans fil, aviation, explosifs et chimie, hygi\`{e}ne, m\'{e}decine et
chirurgie, d\'{e}fense contre les gaz de combat (dont le grand chimiste
Charles Moureu fut l'organisateur).\looseness=1

Le milieu du XX$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle voit un relatif retrait de
l'Acad\'{e}mie dans ses relations avec les pouvoirs publics et ce n'est
qu'\`{a} partir de la fin des ann\'{e}es 1970 qu'elle entreprend une
restauration progressive de son r\^{o}le de conseil. 

Mais, durant ces cinquante derni\`{e}res ann\'{e}es,
l'acc\'{e}l\'{e}ration des avanc\'{e}es scientifiques et
technologiques, en particulier dans les secteurs de la chimie et de la
biologie, a grandement complexifi\'{e} des enjeux de s\^{u}ret\'{e} et
de s\'{e}curit\'{e}. 

C'est pourquoi il parait utile de d\'{e}crire la transformation des
structures acad\'{e}miques dans ce domaine, pour mieux comprendre
l'\'{e}volution qui a conduit \`{a} l'organisation actuelle sous la
forme d'un organe \og{}~paritaire~\fg{}~: le Conseil national
\mbox{consultatif} pour la bios\'{e}curit\'{e} (CNCB), au sein duquel
collaborent directement l'Acad\'{e}mie des sciences et le
Secr\'{e}tariat g\'{e}n\'{e}ral de la d\'{e}fense et de la
s\'{e}curit\'{e} nationales (SGDSN), service du Premier\break ministre.

\section{L'Acad\'{e}mie des sciences et les questions de d\'{e}fense
dans la p\'{e}riode contemporaine~: du nucl\'{e}aire \`{a} la
bios\'{e}curit\'{e} (1990--2013)}\label{sec1}

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le th\`{e}me de la
r\'{e}duction des conflits arm\'{e}s et des menaces sur la
s\'{e}curit\'{e} globale prend forme dans l'opinion internationale, en
particulier suite au manifeste Russell--Einstein (1955) et \`{a} la
cr\'{e}ation du mouvement Pugwash (1957). Le d\'{e}sarmement
nucl\'{e}aire est alors central, et c'est dans ce cadre que le r\^{o}le
et la responsabilit\'{e} des scientifiques sont d'abord\break
questionn\'{e}s.

En 1988, \`{a} la fin de la guerre froide, commencent \`{a} se tenir
annuellement les conf\'{e}rences Amaldi, initi\'{e}es par les
physiciens Edoardo Amaldi (Acad\'{e}mie italienne des Lincei) et
Wolfgang Panofski (National Academy of Sciences). Ces conf\'{e}rences
internationales r\'{e}unissent des repr\'{e}sentants des acad\'{e}mies
des sciences, essentiellement europ\'{e}ennes, et de diff\'{e}rents
organismes et associations, pour aborder les aspects scientifiques et
techniques des questions de d\'{e}sarmement et de s\'{e}curit\'{e}
internationale. L'Acad\'{e}mie des sciences y est r\'{e}guli\`{e}rement
repr\'{e}sent\'{e}e et elle organisera \`{a} Paris en novembre 1997 la
dixi\`{e}me conf\'{e}rence Amaldi, ax\'{e}e sur les armes
nucl\'{e}aires, les armes conventionnelles et les technologies duales
(hors biologie). 

Mais, d\`{e}s l'origine, le caract\`{e}re politique de ces
conf\'{e}rences incite le bureau de l'Acad\'{e}mie \`{a} la prudence et
le conduit \`{a} envisager la cr\'{e}ation d'un groupe de
r\'{e}flexion Science, technologie et strat\'{e}gie, afin de mieux
pr\'{e}parer les interactions avec les acad\'{e}mies
\'{e}trang\`{e}res, dont plusieurs se sont d\'{e}j\`{a} dot\'{e}es d'un
comit\'{e} \textit{ad hoc}. Dans son expos\'{e} des motifs, dat\'{e} de
janvier 1990, le bureau souligne notamment que beaucoup de
scientifiques et d'ing\'{e}nieurs travaillent pour la d\'{e}fense, et
qu'il est important que ces questions puissent \^{e}tre trait\'{e}es en
toute clart\'{e} et ind\'{e}pendance par l'Acad\'{e}mie, avec l'accord
du minist\`{e}re de la D\'{e}fense. Par ailleurs, un comit\'{e}
sp\'{e}cifique Amaldi sera cr\'{e}\'{e} en collaboration avec
l'Acad\'{e}mie des sciences morales et politiques.

\subsection{Le comit\'{e} Science technologie et strat\'{e}gie de
l'Acad\'{e}mie des sciences et du minist\`{e}re de la D\'{e}fense
(1992--1997)}\label{ssec11}

C'est ainsi qu'apr\`{e}s deux ann\'{e}es de mise au point et de
discussions avec Pierre Joxe, nouveau ministre de la D\'{e}fense \`{a}
partir du 29 janvier 1991, le Comit\'{e} secret du 27 avril 1992
d\'{e}cide la cr\'{e}ation du comit\'{e} Science technologie et
strat\'{e}gie (STS), \`{a} la demande du ministre et en
collaboration avec le minist\`{e}re. La cheville ouvri\`{e}re de cet
accord est Henri Korn, membre du cabinet du ministre et correspondant
de l'Acad\'{e}mie depuis le 11 juin 1990. Le comit\'{e} secret du
27 avril 1992 pose trois limites \`{a} la cr\'{e}ation de cet organe
nouveau~: l'ind\'{e}pendance --- le comit\'{e} est consult\'{e} mais ses
avis sont libres ---, la confidentialit\'{e} des informations re\c{c}ues
mais non des conclusions g\'{e}n\'{e}rales, et enfin son caract\`{e}re
exp\'{e}rimental, une r\'{e}vision de cette organisation \'{e}tant
toujours possible. Le bureau de l'Acad\'{e}mie est alors compos\'{e} du
pr\'{e}sident Jacques Friedel, du vice-pr\'{e}sident Claude
Fr\'{e}jacques et des secr\'{e}taires perp\'{e}tuels Paul Germain et
Fran\c{c}ois Gros. Il convient de noter que la conception de ce
comit\'{e} avait \'{e}t\'{e} initi\'{e}e sous la direction de Jean
Hamburger, pr\'{e}sident d\'{e}c\'{e}d\'{e} en exercice le
1$^{\mathrm{er}}$ f\'{e}vrier 1992.

Le comit\'{e} est paritaire~: six \`{a} sept membres de l'Acad\'{e}mie
des sciences et cinq repr\'{e}sentants du minist\`{e}re de la
D\'{e}fense, qui ne sont pas scientifiques. Il est pr\'{e}sid\'{e} par
Paul Germain, secr\'{e}taire perp\'{e}tuel, et les repr\'{e}sentants de
l'Acad\'{e}mie y sont Pierre Aigrain, Jacques Blamont, Robert Dautray,
Claude Fr\'{e}jacques, Fran\c{c}ois Gros, secr\'{e}taire perp\'{e}tuel,
et Ren\'{e} Pellat. Les repr\'{e}sentants du minist\`{e}re de la
D\'{e}fense sont un ing\'{e}nieur g\'{e}n\'{e}ral de l'armement, trois
officiers sup\'{e}rieurs issus des trois armes et l'ambassadeur
repr\'{e}sentant la France aux n\'{e}gociations de Vienne sur les
forces arm\'{e}es classiques, auxquels s'ajoute Henri Korn, en tant que
membre du cabinet.

L'installation officielle du comit\'{e} a lieu le 8 juillet 1992 \`{a}
l'H\^{o}tel de Brienne, en pr\'{e}sence du ministre. Plusieurs
th\'{e}matiques y sont \'{e}voqu\'{e}es, parmi lesquelles la
prolif\'{e}ration, la pr\'{e}servation de l'excellence de la recherche,
mais aussi, par Fran\c{c}ois Gros, les recherches \`{a} long terme sur
la biologie et les biotechnologies. Le Comit\'{e} se r\'{e}unira quatre
\`{a} cinq fois par an.\looseness=-1

Durant cette m\^{e}me ann\'{e}e 1992, le ministre cr\'{e}e \`{a}
l'Acad\'{e}mie un prix Science D\'{e}fense, qui\break
\mbox{deviendra} par la suite
le grand prix Lazare Carnot, destin\'{e} \`{a} r\'{e}compenser des
travaux de recherche fondamentale ayant des perspectives d'applications
\`{a} la fois civiles et militaires. Ce prix biennal, dot\'{e}
actuellement de 30~500 euros, est toujours attribu\'{e}.\looseness=1

Jusqu'en 1994, le comit\'{e} m\`{e}ne plusieurs \'{e}tudes~: le
r\'{e}seau de laboratoires de recherche de la D\'{e}fense et son
couplage avec la recherche civile, l'avenir de l'Onera, la Fondation
pour l'accueil et le suivi de scientifiques \'{e}trangers de haut
niveau (future Fondation Alfred Kastler), la cr\'{e}ation \`{a}
l'universit\'{e} de Versailles-Saint Quentin d'un Centre d'analyse des
syst\`{e}mes scientifiques et techniques int\'{e}ressant la
d\'{e}fense, et une \'{e}tude sur les m\'{e}tiers scientifiques et
techniques de la d\'{e}fense.

Au d\'{e}but de l'ann\'{e}e 1995, en plus des travaux d\'{e}j\`{a}
entrepris, et suite \`{a} une note sommaire du conseil scientifique de
la d\'{e}fense, organe du minist\`{e}re, le comit\'{e} STS se saisit
des questions de biologie. Il explore les perspectives ouvertes par les
progr\`{e}s rapides de cette discipline et la n\'{e}cessit\'{e} de se
pr\'{e}parer aux menaces et aux risques auxquels les arm\'{e}es et les
populations peuvent se trouver expos\'{e}es, tout en r\'{e}affirmant la
r\'{e}solution de l'abstenir de l'usage et de la pr\'{e}paration des
armes biologiques. En juin 1996, s'appuyant sur deux notes
d\'{e}taill\'{e}es (intitul\'{e}es \og{}~\'{E}valuation des risques et
menaces biologiques~\fg{} et \og{}~Remarques sur la relation entre
biologie et d\'{e}fense~\fg{}), \'{e}labor\'{e}es en son sein, le
comit\'{e} Science technologie et strat\'{e}gie produit trois types de
recommandations \og{}~Biologie et D\'{e}fense~\fg{} qui peuvent
\^{e}tre r\'{e}sum\'{e}es comme suit~:
\begin{enumerate}[(1)]
\item Mener une action de vigilance, en d\'{e}veloppant des
m\'{e}thodes de d\'{e}tection et d'identification des armes
biologiques, ainsi que des moyens de protection des militaires et
populations, en particulier les vaccinations et traitements
th\'{e}rapeutiques.
\item Renforcer la Convention internationale d'interdiction des armes
biologiques de 1972 et en \'{e}largir le nombre des signataires~: pour
cela, les biologistes doivent \^{e}tre invit\'{e}s \`{a} d\'{e}finir,
d\'{e}velopper et renforcer les moyens de v\'{e}rification --- dont les
aspects scientifiques doivent \^{e}tre constamment
r\'{e}actualis\'{e}s ---, et veiller \`{a} d\'{e}celer les transferts de
technologies potentiellement sensibles afin d'en limiter la
prolif\'{e}ration.
\item Confier le travail des chercheurs dans les domaines duals \`{a}
des laboratoires civils ou militaires relevant d'organismes publics ou
d'universit\'{e}s. Des groupes de travail \mbox{\'{e}manant} des
soci\'{e}t\'{e}s savantes et des acad\'{e}mies doivent pouvoir conduire
des r\'{e}flexions sur les probl\`{e}mes pos\'{e}s par les armes
biologiques.
\end{enumerate}
Les travaux du comit\'{e} Science Technologie et Strat\'{e}gie de
l'Acad\'{e}mie des sciences et du minist\`{e}re de la D\'{e}fense se
sont d\'{e}roul\'{e}s en collaboration avec trois ministres de la
D\'{e}fense successifs~: Pierre Joxe (29 janvier 1991--29 mars 1993),
Fran\c{c}ois L\'{e}otard (29 mars 1993--11 mai 1995) et Charles 
Millon (11 mai 1995--2 juin 1997). C'est donc \`{a} ce dernier que les
recommandations sur Biologie et D\'{e}fense ont \'{e}t\'{e} remises, en
juin 1996.

Le comit\'{e} Science Technologie et Strat\'{e}gie a cess\'{e} ses
activit\'{e}s \`{a} partir de 1997.

Le 17 d\'{e}cembre 2001, \`{a} la suite des \'{e}v\`{e}nements du
11 septembre, et \`{a} l'initiative de l'intersection des applications
des sciences pr\'{e}sid\'{e}e par Alain Carpentier, une
conf\'{e}rence-d\'{e}bat sur les risques bact\'{e}riologiques
r\'{e}unit les meilleurs sp\'{e}cialistes, sous la pr\'{e}sidence
d'Etienne-Emile Baulieu et d'Henri~Korn.\looseness=1

\subsection{Un comit\'{e} Science D\'{e}fense mort-n\'{e} (2003--2004)}
\label{ssec12}

En janvier 2003, au regard du constat, partag\'{e} par la Direction
G\'{e}n\'{e}rale de l'Armement (DGA), selon lequel les liens
science-d\'{e}fense sont tomb\'{e}s en d\'{e}su\'{e}tude depuis plus de
cinq ann\'{e}es et qu'il est n\'{e}cessaire de les r\'{e}tablir, le
bureau de l'Acad\'{e}mie nomme un groupe de travail charg\'{e}
d'explorer les modalit\'{e}s d'une reprise des relations. Ce groupe,
pr\'{e}sid\'{e} par Edouard Br\'{e}zin, est compos\'{e} de Henri Korn,
Alain Carpentier, Hubert Curien, Jacques Blamont et Gilles Kahn.

Deux lettres de d\'{e}claration d'intention pour la cr\'{e}ation d'un
comit\'{e} mixte D\'{e}fense-Acad\'{e}mie des sciences sont
pr\'{e}sent\'{e}es, le 22 avril 2003 puis le 26 septembre 2003~: le
secr\'{e}tariat de l'instance est assur\'{e} par la DGA et, dans la
deuxi\`{e}me version, le comit\'{e} se r\'{e}unit deux fois par an en
s\'{e}ance pl\'{e}ni\`{e}re pr\'{e}sid\'{e}e par le ministre.

Entre-temps, le 24 juin, Michel P\'{e}tr\'{e} (DGA) est venu
pr\'{e}senter une question d'actualit\'{e} en s\'{e}ance de
l'Acad\'{e}mie sur \og{}~La nouvelle politique du minist\`{e}re de la
D\'{e}fense~\fg{}.

La proposition de cr\'{e}ation du comit\'{e} Science D\'{e}fense, selon
les termes de la lettre d'intention du 26 septembre, est
pr\'{e}sent\'{e}e au comit\'{e} secret du 9 d\'{e}cembre 2003 par les
secr\'{e}taires perp\'{e}tuels Jean Dercourt et Nicole Le Douarin. Le
principe en est imm\'{e}diatement contest\'{e}, essentiellement en
raison du lien de subordination envers le ministre, qui apparait dans
le projet. \og{}~L'Acad\'{e}mie n'est pas conseill\`{e}re du ministre
mais de la Nation~\fg{}. La copie est donc \`{a} revoir\,{\ldots}

Le bureau du 7 janvier 2004 puis le comit\'{e} restreint du
13 janvier 2004 d\'{e}cident de remplacer dans le titre le mot
\og{}~d\'{e}fense~\fg{} par le mot \og{}~s\'{e}curit\'{e}~\fg{}, et de
mettre en place un calendrier de quatre mois pour pr\'{e}parer un
nouveau texte, tenant compte des remarques du comit\'{e} secret. \`{A}
cet effet, un groupe de r\'{e}flexion de 8 membres est nomm\'{e}, en
liaison avec la DGA~: Christian Bord\'{e}, Jacques Blamont, Alain
Carpentier, Pierre Encrenaz, Gilles Kahn, Henri Korn, Bernard Roques et
Philippe Sansonetti, auxquels s'adjoignent des membres du bureau. 

C'est ainsi que le 27 avril 2004, le comit\'{e} restreint approuve un
texte r\'{e}vis\'{e} qui est soumis au comit\'{e} secret le
4 mai~: \og{}~Proposition pour la cr\'{e}ation d'un comit\'{e} de
l'Acad\'{e}mie des sciences Science et s\'{e}curit\'{e}~\fg{}.
L'ind\'{e}pendance du comit\'{e} vis-\`{a}-vis du minist\`{e}re y est
affirm\'{e}e. Apr\`{e}s un deuxi\`{e}me examen le 18 mai, o\`{u} sont
ajout\'{e}s les aspects \'{e}thiques, le comit\'{e} secret, en sa
s\'{e}ance du 6 juillet 2004, cr\'{e}e le comit\'{e} Science et
s\'{e}curit\'{e} de l'Acad\'{e}mie des sciences.

En 2005, les Etats-Unis cr\'{e}ent le NSABB (National Science Advisory
Board for Biosecurity).\vspace*{-4pt}

\subsection{Le comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} (2005--2012)}
\label{ssec13}

Le comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} se met au travail en 2005,
pr\'{e}sid\'{e} par Henri Korn, Jean-Fran\c{c}ois Bach \'{e}tant, \`{a}
partir du 1$^{\mathrm{er}}$ janvier 2006, le nouveau secr\'{e}taire
perp\'{e}tuel charg\'{e} des questions relatives \`{a} la biologie.

Le comit\'{e} a notamment pour mission d'inciter la communaut\'{e}
scientifique et les pouvoirs publics \`{a} mettre tout en \oe{}uvre
pour que les progr\`{e}s dans les sciences de la vie ne soient pas
utilis\'{e}s \`{a} des fins malveillantes. \`{A} cet effet, il fait
appel \`{a} des personnalit\'{e}s ext\'{e}rieures \`{a} l'Acad\'{e}mie
en raison de leur comp\'{e}tence, notamment le Pr Patrick Berche,
microbiologiste, membre de l'Acad\'{e}mie nationale de m\'{e}decine et
le m\'{e}decin g\'{e}n\'{e}ral inspecteur Patrice Binder du Service de
Sant\'{e} des Arm\'{e}es, r\'{e}f\'{e}rent sur les questions de prise
en charge m\'{e}dicale des menaces biologiques (armes biologiques et
bioterrorisme).

Le 28 juin 2005, le r\`{e}glement int\'{e}rieur du comit\'{e} est
adopt\'{e}.

Dans le cadre de l'IAP (InterAcademy Panel, devenu ensuite InterAcademy
Partnership), l'Acad\'{e}mie signe, le 9 d\'{e}cembre 2005, une
d\'{e}claration solennelle sur la bios\'{e}curit\'{e}, avec
67 Acad\'{e}mies des sciences du monde \citep{bib1}.

Le 17 janvier 2006, le comit\'{e} lance les travaux qui aboutiront
\`{a} deux \'{e}tudes~: un court rapport d'Olivier pironneau et
Christophe Soul\'{e} sur \textit{Cryptologie, science et
s\'{e}curit\'{e}} (7 mars 2006) et un long travail sur les menaces
biologiques, qui conduira en 2008 \`{a} l'\'{e}dition d'un ouvrage
fondateur~: \textit{Les menaces biologiques~: bios\'{e}curit\'{e} et
responsabilit\'{e} des scientifiques} \citep{bib2}. 

Cet ouvrage vise l'ensemble des menaces biologiques dans une
perspective historique et internationale et pr\'{e}sente cinq
propositions aux pouvoirs publics, en termes d'action et de
r\'{e}flexion, parmi lesquelles on distingue une proposition centrale,
la cr\'{e}ation d'un comit\'{e} scientifique de surveillance pour la
bios\'{e}curit\'{e}~: 
\begin{quote}
\fontsize{8.65}{10.2}\selectfont
\og{}~L'Acad\'{e}mie des sciences propose de participer, en
concertation avec les pouvoirs publics, \`{a} la mise en place d'un
comit\'{e} scientifique de surveillance pour la bios\'{e}curit\'{e},
compos\'{e} de personnalit\'{e}s scientifiques et d'experts d\^{u}ment
habilit\'{e}s. Associant des sp\'{e}cialistes de divers domaines des
sciences de la vie ({\ldots}), ce comit\'{e} consultatif serait
plac\'{e} \`{a} l'interface entre les acteurs de la science et les plus
hautes autorit\'{e}s de l'\'{E}tat. Il serait semblable au National
Advisory Board for Biodefense (NSABB) cr\'{e}\'{e} par le gouvernement
f\'{e}d\'{e}ral \`{a} la suite du rapport Fink de la National Academy
of Sciences des \'{E}tats-Unis~\fg{}.
\end{quote}

Par ailleurs, Le \textit{Livre Blanc de la D\'{e}fense} \citep{bib3}
rendu public le 17 juin 2008, fait du terrorisme biologique et
chimique, et des probl\`{e}mes qu'il pose en termes de s\'{e}curit\'{e}
int\'{e}rieure, une priorit\'{e} absolue au titre civil aussi bien que
militaire.

Parall\`{e}lement, le comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} intervient
dans plusieurs conf\'{e}rences internationales sur la
bios\'{e}curit\'{e}, co-organise une conf\'{e}rence-d\'{e}bat de
l'Acad\'{e}mie, \og{}~Biologie synth\'{e}tique, reconstruire la vie~:
comment et pourquoi~?~\fg{} (juin 2012), et participe \`{a}
l'organisation d'un master 2 sur les risques sanitaires
radionucl\'{e}aires, biologiques et chimiques (\'{E}cole du
Val-de-Gr\^{a}ce/CEA/Universit\'{e} Paris 6). 

En m\^{e}me temps, le comit\'{e} et son pr\'{e}sident Henri Korn
travaillent \`{a} la promotion et la mise en \oe{}uvre des
recommandations du rapport \textit{Les menaces biologiques} \citep{bib2}
aupr\`{e}s des pouvoirs publics, afin, notamment, d'obtenir la
cr\'{e}ation d'un Comit\'{e} national sur la s\'{e}curit\'{e}
biologique. 

\section{Le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e}~\fg{} de
l'Acad\'{e}mie des sciences et la cr\'{e}ation du Comit\'{e} national
consultatif pour la bios\'{e}curit\'{e} (CNCB) (2013--2015)}
\label{sec2}
\subsection{Le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e}}
\label{ssec21}

Le 5 juin 2013, Jean-Fran\c{c}ois Bach, secr\'{e}taire perp\'{e}tuel,
\'{e}crit au Premier ministre pour relancer les recommandations du
rapport \textit{Les menaces biologiques} \citepalias{bib2}. Une
d\'{e}l\'{e}gation est re\c{c}ue \`{a} l'H\^{o}tel Matignon le
12 septembre (Jean-Fran\c{c}ois Bach, Henri Korn et Patrice Binder).
L'ouvrage y est pr\'{e}sent\'{e} en d\'{e}tails et le SGDSN
(Secr\'{e}tariat G\'{e}n\'{e}ral de la D\'{e}fense et de la
S\'{e}curit\'{e} Nationale) est ensuite mandat\'{e} pour examiner deux
des recommandations~: un forum national sur la d\'{e}fense, et la
cr\'{e}ation d'un comit\'{e} scientifique pour la bios\'{e}curit\'{e}.

Le 28 octobre 2013, le bureau de l'Acad\'{e}mie acte la focalisation
des activit\'{e}s du comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} sur la mise
en pratique de la recommandation cl\'{e}~: la cr\'{e}ation d'un
comit\'{e} scientifique de surveillance pour la bios\'{e}curit\'{e}. 

Les travaux du comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} de l'Acad\'{e}mie
sont maintenant orient\'{e}s exclusivement sur la biologie.

Le 11 f\'{e}vrier 2014, une lettre du directeur de cabinet du Premier
ministre lance le processus de cr\'{e}ation du comit\'{e} demand\'{e},
qui deviendra le Comit\'{e} national consultatif pour la
bios\'{e}curit\'{e} (CNCB). Les ann\'{e}es 2014 et 2015 voient se tenir
de nombreuses r\'{e}unions entre l'Acad\'{e}mie et le SGDSN, et la
cr\'{e}ation du CNCB sera finalement officialis\'{e}e par d\'{e}cret du
31 ao\^{u}t 2015.

En 2014, le comit\'{e} de l'Acad\'{e}mie devient le comit\'{e} Science
et \textbf{bio}s\'{e}curit\'{e}{.} La raison de cette
\'{e}volution est expliqu\'{e}e par une lettre du secr\'{e}taire
perp\'{e}tuel Jean-Fran\c{c}ois Bach du 18 f\'{e}vrier 2014~:

\begin{quote}
\fontsize{8.65}{10.2}\selectfont
\og{}~L'ancien comit\'{e} Science et s\'{e}curit\'{e} de l'Acad\'{e}mie
des sciences vient d'\^{e}tre r\'{e}actualis\'{e} et renouvel\'{e} dans
une configuration l\'{e}g\`{e}rement diff\'{e}rente. Il s'intitulera
d\'{e}sormais comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e} et sera le
volet scientifique du Conseil national consultatif pour la
bios\'{e}curit\'{e} (CNCB), tout r\'{e}cemment mis en place par le
Premier ministre, qui comprendra \'{e}galement un volet institutionnel
d\'{e}pendant du Secr\'{e}tariat g\'{e}n\'{e}ral de la d\'{e}fense et
de la s\'{e}curit\'{e} nationale (SGDSN) avec qui il collaborera.

Le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e} sera totalement
ind\'{e}pendant et fonctionnera selon les r\`{e}gles en usage \`{a}
l'Acad\'{e}mie. Il recevra sa mission des pouvoirs publics mais pourra
\'{e}galement s'autosaisir. Il aura autorit\'{e} pour \'{e}mettre des
avis et recommandations scientifiques visant \`{a} emp\^{e}cher que les
progr\`{e}s des sciences conduisent \`{a} de nouvelles menaces. Il sera
charg\'{e} de r\'{e}fl\'{e}chir sur les d\'{e}tournements d'usage des
sciences du vivant et les moyens de s'en pr\'{e}munir tout en
pr\'{e}servant la libert\'{e} et l'int\'{e}grit\'{e} de la recherche.
Ses avis et recommandations seront rendus publics sauf si pour des
raisons de s\'{e}curit\'{e} nationale un niveau de confidentialit\'{e}
\'{e}tait exig\'{e}. Ses membres seront habilit\'{e}s au secret de la
d\'{e}fense nationale~\fg{}.
\end{quote}

Il se r\'{e}unit sous cette appellation le 28 avril 2014.

\subsection{Le Conseil national consultatif pour la
bios\'{e}curit\'{e}} \label{ssec22}

Le d\'{e}cret \no\ 2015-195 du 31 ao\^{u}t 2015
cr\'{e}e le Conseil national consultatif pour la bios\'{e}curit\'{e}
(CNCB), sous l'\'{e}gide du SGDSN.

Sous la pr\'{e}sidence du Secr\'{e}taire g\'{e}n\'{e}ral de la
d\'{e}fense et de la s\'{e}curit\'{e} nationale, ce nouvel organe est
compos\'{e} de repr\'{e}sentants des cinq minist\`{e}res concern\'{e}s
(Affaires \'{e}trang\`{e}res, Recherche, Sant\'{e}, D\'{e}fense,
Int\'{e}rieur) et de six personnalit\'{e}s qualifi\'{e}es, appartenant
au secteur de la recherche (propos\'{e}es par l'Acad\'{e}mie des
sciences).

Le d\'{e}cret pr\'{e}voit le renouvellement de ces six
personnalit\'{e}s tous les 5 ans, ce qui a \'{e}t\'{e} fait en 2020 et
est en cours \`{a} la fin de 2025. Pour ces personnalit\'{e}s
qualifi\'{e}es, le nombre de mandats possibles n'est pas limit\'{e}.
Henri Korn est remplac\'{e} en 2020 par Antoine Triller, secr\'{e}taire
perp\'{e}tuel et nouveau pr\'{e}sident du comit\'{e} Science et
bios\'{e}curit\'{e} de l'Acad\'{e}mie.

Le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e} de l'Acad\'{e}mie continue
d'exister avec son propre agenda, mais travaille aussi en tant que
conseil scientifique du CNCB.

\section{Les travaux du comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e} et du
CNCB refl\`{e}tent l'\'{e}volution de la
bios\'{e}curit\'{e}}\label{sec3}

Les ann\'{e}es 2000 et 2010 voient l'explosion de la biologie
mol\'{e}culaire, de la biologie synth\'{e}tique, puis de l'intelligence
artificielle, et l'apparition de possibilit\'{e}s inqui\'{e}tantes
offertes par les technologies nouvelles, potentiellement duales et
facilement d\'{e}mocratisables (jusqu'\`{a} la biologie dite \og{}~de
garage~\fg{} ou \textit{DIY Biology}). Dans le m\^{e}me temps,
l'apparition ou la r\'{e}surgence dans le monde entier de maladies
virales agressives --- SRAS (SARS-CoV-1), grippes aviaires, Ebola, Covid
19 (SARS-CoV-2), etc. --- sensibilise les opinions publiques et attire
l'attention des gouvernements sur le risque que peut faire courir \`{a}
nos soci\'{e}t\'{e}s une absence de contr\^{o}le sur les m\'{e}thodes
de dispersion des agents pathog\`{e}nes, et une forme sophistiqu\'{e}e
de terrorisme~: le bioterrorisme.

\`{A} partir de 2015, le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e} de
l'Acad\'{e}mie continue de travailler sur sa propre initiative et, en
m\^{e}me temps, coordonne ses efforts dans le cadre de mandats ou
saisines du CNCB, dont il est le volet scientifique, selon les termes
de Jean-Fran\c{c}ois Bach.

Les sujets abord\'{e}s par le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e}
de l'Acad\'{e}mie portent essentiellement sur les recherches duales,
dans les domaines de la chimie, de la biologie synth\'{e}tique et de
l'informatique. Un large \'{e}ventail de th\'{e}matiques est abord\'{e}
de mani\`{e}re prospective~: destruction des souches de la variole,
fronti\`{e}re entre recherches duales et recherches sensibles,
techniques d'accroissement de virulence de certains virus
respiratoires, impact de la l\'{e}gislation sur les MOT (mise \`{a}
jour de l'arr\^{e}t\'{e} du 30 avril 2012 fixant la liste des
MicroOrganismes et Toxines hautement pathog\`{e}nes, pr\'{e}vue \`{a}
l'article L. 5139-1 du code de la sant\'{e} publique), etc.

D\`{e}s 2016, un groupe de travail, pilot\'{e} par Antoine Danchin, est
mandat\'{e} par le CNCB pour traiter des risques associ\'{e}s aux
m\'{e}thodologies d'\'{e}dition des g\`{e}nes, et un autre groupe est
mandat\'{e} pour l'\'{e}laboration d'un guide pour la r\'{e}daction
d'une charte de bonnes pratiques face aux recherches biologiques ou
chimiques \`{a} usage dual.

Le rapport sur l'\'{e}dition des g\`{e}nes (intitul\'{e} \og{}~Les
risques associ\'{e}s \`{a} un usage dual des techniques de synth\`{e}se
et de modification programm\'{e}e des g\'{e}nomes~\fg{}) est rendu
public sous la double \mbox{responsabilit\'{e}} de l'Acad\'{e}mie et du CNCB
en f\'{e}vrier 2017 \citep{bib6}. Il conclut que le
syst\`{e}me CRISPR/Cas9 est un nouvel outil qui, certes, facilite et
acc\'{e}l\`{e}re la manipulation des g\'{e}nomes, et
particuli\`{e}rement des g\'{e}nomes des cellules dot\'{e}es d'un
noyau, mais qui, en l'\'{e}tat de l'art, ne permet pas d'accroitre
fondamentalement le risque de prolif\'{e}ration d'armes biologiques. Il
ne constitue donc pas \`{a} cet \'{e}gard un saut technologique
susceptible de g\'{e}n\'{e}rer de nouvelles menaces. En revanche, le
rapport souligne que l'am\'{e}lioration des techniques de construction
de g\'{e}nomes par biologie de synth\`{e}se pose la question de la
possibilit\'{e} de recr\'{e}er \textit{de novo} des micro-organismes
d\'{e}j\`{a} existants dans la nature, notamment des virus dont la
virulence et la contagiosit\'{e} pourraient pr\'{e}senter de r\'{e}els
risques pour la s\'{e}curit\'{e} sanitaire des populations. En outre,
le CNCB \'{e}met plusieurs recommandations g\'{e}n\'{e}rales visant
\`{a} limiter les risques associ\'{e}s \`{a} un usage dual des
techniques de synth\`{e}se et de modification programm\'{e}e des
g\'{e}nomes, par la responsabilisation des acteurs de l'innovation
technologique en recherche biologique. On peut citer notamment~: la
sensibilisation des responsables de laboratoires et des chercheurs sur
le risque de tels d\'{e}tournements~; la limitation de l'acc\`{e}s et
le renforcement de la protection des laboratoires de microbiologie,
notamment des laboratoires de r\'{e}f\'{e}rence conservant les
micro-organismes pathog\`{e}nes, via le dispositif de protection du
potentiel scientifique et technique de la nation (PPST, institu\'{e}
par le d\'{e}cret n{o} 2011-1425 du 2 novembre 2011)~;
et plusieurs mesures visant plus particuli\`{e}rement les programmes en
biologie de synth\`{e}se.%\looseness=1

Le rapport \og{}~Recherches duales \`{a} risque~\fg{}, coordonn\'{e}
par Henri Korn et Patrice Binder \citep{bib7} est \'{e}galement
copubli\'{e}, en d\'{e}cembre 2018 \citepalias{bib7}. Des enjeux sont
identifi\'{e}s, d\'{e}coulant de la n\'{e}cessaire prise en
consid\'{e}ration des recherches duales \`{a} risque dans
l'\'{e}laboration et la conduite des programmes de recherche. Parmi ces
enjeux, cinq sont consid\'{e}r\'{e}es comme prioritaires~:\looseness=1

\begin{itemize}
\item L'information et la formation des futurs acteurs de la recherche
aux notions de \og{}~recherche duale \`{a} risque~\fg{}, dans les
modules de formation des \'{e}coles doctorales consacr\'{e}s aux
questions de \og{}~science et soci\'{e}t\'{e}~\fg{} et
\og{}~d'\'{e}thique ou d'int\'{e}grit\'{e} scientifique~\fg{}. 

\item La mise en place d'un comit\'{e} Recherches duales \`{a} risque
au sein des \'{e}tablissements de recherche, pour accompagner la
direction et les \'{e}quipes de recherche dans l'identification du
caract\`{e}re \og{}~\`{a} risque~\fg{} de certains projets et
promouvoir localement l'information sur les cons\'{e}quences possibles
de ces recherches, dont leur m\'{e}susage. Le fonctionnaire de
s\'{e}curit\'{e} d\'{e}fense (FSD) devant \^{e}tre associ\'{e} \`{a} ce
comit\'{e}. 

\item L'int\'{e}gration d'une \'{e}valuation \og{}~dualit\'{e} \`{a}
risque~\fg{} dans l'examen des projets de recherche. 

\item La promotion d'une n\'{e}gociation visant les transferts de
s\'{e}quences de g\`{e}nes entre op\'{e}rateurs de recherche ou
propos\'{e}s par des plateformes de production publiques ou
priv\'{e}es, et la surveillance de l'acc\`{e}s aux bases de donn\'{e}es
concern\'{e}es. Il serait essentiel, pour les pouvoirs publics, de
disposer de dispositifs de contr\^{o}le efficaces et contraignants. Une
telle n\'{e}gociation rel\`{e}ve des instances europ\'{e}ennes et
internationales \textit{ad hoc} en charge de la surveillance des
transferts de mat\'{e}riels et de technologies \`{a} double usage ainsi
que du suivi des conventions d'interdiction des armes biologiques\break
(CIAB). 

\item La reconnaissance du CNCB en tant qu'instance de recours,
notamment pour se prononcer, en tant que de besoin, sur un avis
concernant une recherche duale \`{a} risque ou pour sa publication. 
\end{itemize}
L'ann\'{e}e 2019 est consacr\'{e}e \`{a} la promotion des
recommandations mises en valeur par ce rapport.

L'ann\'{e}e 2020 constitue une parenth\`{e}se due \`{a} la pand\'{e}mie
du Covid 19.

Au d\'{e}but de l'ann\'{e}e 2021, \`{a} la demande de l'ANSM (Agence
nationale de s\'{e}curit\'{e} du m\'{e}dicament et des produits de
sant\'{e}), le CNCB rend un avis sur le projet d'\'{e}volution de
l'arr\^{e}t\'{e} fixant la liste des micro-organismes et toxines (MOT).

Le 8 avril et le 16 juin 2021, les coordinateurs du comit\'{e} Science
et bios\'{e}curit\'{e} et du CNCB se r\'{e}unissent pour faire le point
sur les axes de travail post-pand\'{e}mie et les priorit\'{e}s \`{a}
proposer au CNCB. Se dessinent alors deux projets~: une \'{e}tude sur
les incidents et accidents de laboratoire et une \'{e}tude sur la
vectorisation des agents pathog\`{e}nes.

En octobre 2021, le CNCB est saisi par le minist\`{e}re de la Recherche
pour auditer un projet de recherche dont un certain nombre
d'\'{e}l\'{e}ments sont consid\'{e}r\'{e}s comme duals. Apr\`{e}s une
audition des auteurs du projet \`{a} l'Acad\'{e}mie le 17 septembre
2021, l'avis du CNCB est rendu en janvier 2022.

Le comit\'{e} Science et bios\'{e}curit\'{e} de l'Acad\'{e}mie, dans sa
r\'{e}union pl\'{e}ni\`{e}re du 30 mai 2022, cr\'{e}e le groupe de
travail \og{}~Incidents et accidents de laboratoire~\fg{} (sur mandat
du CNCB du 9 d\'{e}cembre 2021), et le 3 mai 2023 le groupe
\og{}~Vectorisation des agents biologiques~\fg{}. Les travaux de ces
deux groupes se terminent.

Le 29 octobre 2024, un s\'{e}minaire international de concertation
CNCB/NSABB (National Science Advisory Board for Biosecurity,
\'{E}tats-Unis) est organis\'{e} \`{a} l'Acad\'{e}mie des sciences.

Est \'{e}galement envisag\'{e} un groupe de travail sur les progr\`{e}s
dans les d\'{e}veloppements et proc\'{e}d\'{e}s susceptibles
d'accroitre les risques dans la mise en \oe{}uvre des techniques de la
biologie de synth\`{e}se.

Le 11 avril 2025, consid\'{e}rant l'ampleur des coupes budg\'{e}taires
d\'{e}cr\'{e}t\'{e}es par l'administration am\'{e}ricaine et qui
affectent l'ensemble de la science mondiale, le comit\'{e} Science et
bios\'{e}curit\'{e} cr\'{e}e de groupe de travail
\og{}~Cons\'{e}quences des nouvelles dispositions am\'{e}ricaines en
mati\`{e}re d'\'{e}pid\'{e}miologie, risques infectieux et
bios\'{e}curit\'{e}~\fg{}.

\vspace*{-4pt}

\section{Conclusion}\label{sec4}

Au terme de cette description de 35 ann\'{e}es d'activit\'{e} sur les
questions de d\'{e}fense et de bios\'{e}curit\'{e}, on peut constater
que, devant l'importance des enjeux, l'Acad\'{e}mie des sciences a su
\`{a} la fois adapter ses propres structures et susciter la
cr\'{e}ation d'un organe interminist\'{e}riel de veille et de
coordination indispensable.

\`{A} l'\'{e}chelle globale, si l'on consid\`{e}re l'\'{e}volution de
ces derni\`{e}res ann\'{e}es, on note une acc\'{e}l\'{e}ration des
avanc\'{e}es scientifiques et des possibilit\'{e}s technologiques. On
en per\c{c}oit mal les limites, dans une \mbox{situation} mondiale de
d\'{e}r\'{e}gulation qui n'a fait que s'aggraver durant les derniers
mois.

Cela se traduit en particulier par une facilitation de l'acc\`{e}s aux
technologies potentiellement duales. Ceci peut \^{e}tre attribu\'{e}
essentiellement \`{a} deux facteurs~: (I) la baisse du prix des
mat\'{e}riels et des technologies permettant de synth\'{e}tiser des
pathog\`{e}nes~; et (II) les possibilit\'{e}s offertes par
l'intelligence artificielle, combin\'{e}e \`{a} l'open data. Ces deux
points permettent l'\'{e}laboration de \og{}~recettes~\fg{} auparavant
plus difficiles d'acc\`{e}s.

Enfin, au niveau mondial, la baisse r\'{e}cente des financements
d\'{e}di\'{e}s \`{a} la s\'{e}curit\'{e} sanitaire et biologique ouvre
une porte pour des financements peu vertueux.

Dans ce contexte, une vigilance accrue s'impose face la convergence des
sciences biologiques, de la chimie, des neurosciences, des techniques
de l'ing\'{e}nieur et de l'informatique, dop\'{e}e par l'intelligence
artificielle. La facilit\'{e} d'acc\`{e}s \`{a} de nombreuses
donn\'{e}es accroit consid\'{e}rablement le risque, d'une part de
m\'{e}susage ou de d\'{e}tournement d'usage \`{a} des fins illicites ou
contraires \`{a} l'\'{e}thique, et, d'autre part, de graves
cons\'{e}quences en cas d'incident ou d'accident lors de la
manipulation d'organismes ou de micro-organismes g\'{e}n\'{e}tiquement
modifi\'{e}s.

\`{A} cet \'{e}gard, l'Acad\'{e}mie des sciences a un r\^{o}le-cl\'{e}
et une responsabilit\'{e} dans l'alerte, et le soutien scientifique des
organismes charg\'{e}s de la recherche, de la s\'{e}curit\'{e}
nationale, et plus g\'{e}n\'{e}ralement des pouvoirs publics.

%\section*{Declaration of interests}

%L'auteur ne travaille pas, ne conseille pas, ne poss\`ede pas de parts,
%ne re\c{c}oit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit
%de cet article, et n'a d\'eclar\'e aucune autre affiliation que son
%organisme de recherche.

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\end{document}
