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\datereceived{2023-06-19}
\dateaccepted{2023-06-22}
\ItHasTeXPublished
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\dateposted{2023-08-17}
\datepublished{2023-09-15}
\begin{document}



%\TopicEF{A tribute to Isma\"el Boulliau}{Hommage \`a Isma\"el Boulliau}

\title{La vie d'Isma\"{e}l Boulliau}

\alttitle{The life of Isma\"el Boulliau}

\author{\firstname{G\'{e}rard} \lastname{Jubert}}
\address{Archiviste honoraire aux Archives nationales, 
Ancien pr\'{e}sident de la soci\'{e}t\'{e} 
historique du pays de Loudunois,
France}

\keywords{\kwd{Astronome}
\kwd{Loudun}\kwd{Biblioth\`eque
Mazarine}\kwd{Biblioth\`eque de Thou}\kwd{Cabinet Dupuy}}

\altkeywords{\kwd{Astronomer} \kwd{Loudun}\kwd{Mazarine library}\kwd{de Thou's library}\kwd{Dupuy's library}}

\begin{abstract}
Cet article conte la vie d'Isma\"el Boulliau, astronome Fran\c cais du
XVIIe si\`ecle.
\end{abstract}

\begin{altabstract}
This article deals with the life of Isma\"el Boulliau, french
astronomer.
\end{altabstract}

\maketitle



\xfigure{fx01}{Portait d'Isma\"{e}l Boulliau par Jacobus Van Schuppen
au mus\'{e}e des beaux-arts et d'arch\'{e}ologie~de Besan\c{c}on}

\section{L'enfance et la jeunesse}\label{sec1}
Le 25 novembre 1694, mourait, en l'abbaye Saint-Victor de Paris, dans
la quatre-vingt-dixi\`{e}me ann\'{e}e de son \^{a}ge, l'un des plus
notables astronomes et math\'{e}maticiens du grand si\`{e}cle. Il
\'{e}tait n\'{e} le 28 septembre 1605 \`{a} Loudun, ville capitale du
pays du Loudunois, aux confins de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou,
dans une famille protestante. Son p\`{e}re dont il portait
\'{e}galement le pr\'{e}nom \'{e}tait procureur au baillage et sa
m\`{e}re, issue d'une vieille famille du lieu, avait nom Suzanne Motet.
Il eut trois fr\`{e}res, Jean, Jacques et Daniel et cinq s\oe{}urs
Marthe, Catherine, Doroth\'{e}e, Jeanne et Suzanne. Que sait-on de la
petite enfance et de l'adolescence d'Isma\"{e}l Boulliau~? On sait
seulement qu'il fit de bonnes \'{e}tudes classiques \`{a} Loudun, bien
pourvues de bonnes \'{e}coles et de bons ma\^{i}tres et notamment d'un
coll\`{e}ge de protestants. Il lisait et \'{e}crivait couramment le
grec et le latin et tous ses ouvrages publi\'{e}s furent
r\'{e}dig\'{e}s en cette derni\`{e}re langue. 

Dou\'{e}, d\`{e}s son plus jeune \^{a}ge, d'un savoir et d'une
instruction fort vastes et vari\'{e}s dans les disciplines
pr\'{e}cit\'{e}es, Isma\"{e}l Boulliau semble, d\`{e}s sa vingti\`{e}me
ann\'ee, avoir centr\'{e} ses recherches et ses travaux sur les
math\'{e}matiques et sur l'astronomie. Son int\'{e}r\^{e}t pour cette
derni\`{e}re lui fut apparemment inspir\'{e} par son p\`{e}re qui
troquait volontiers le portefeuille du procureur contre la lunette de
l'astronome et qui fit plusieurs observations --- celles des
com\`{e}tes de 1607 et 1618 --- que son illustre fils eut \`{a}
c\oe{}ur de publier plus tard, avec ses propres travaux. 

Ayant quitt\'{e} Loudun pour Paris en 1632, il ne fut, en aucune
fa\c{c}on, m\^{e}l\'{e} aux mis\'{e}rables intrigues de la sordide
affaire de possession qui secoua Loudun dans les ann\'{e}es 1633--1634
et qui se termina si tragiquement par la mise au b\^{u}cher du son
cur\'{e} Urbain Grandier. Il n'en conserva pas moins --- selon le
t\'{e}moignage de Gilles M\'{e}nage qui a pu appr\'{e}cier ses belles
et nobles qualit\'{e}s --- une grande estime pour le
supplici\'{e}~\cite{1}. Une belle lettre de Boulliau \`{a} son ami
Gassendi en date du 7 septembre 1634, trois semaines apr\`{e}s le
supplice de Grandier, nous donne, en m\^{e}me temps la relation
directe de l'\'{e}v\`{e}nement faite par un t\'{e}moin oculaire en
l'occurrence son fr\`{e}re Jean Boulliau, intendant des biens du
marquis d'Escoubleau de Sourdis, mari\'{e} catholiquement avec Jeanne
Tabart, son contrat de mariage pr\'{e}cisant la pr\'{e}sence d'Urbain
Grandier en tant que premier t\'{e}moin. Isma\"{e}l Boulliau, apr\`{e}s
avoir rapport\'{e} \`{a} Gassendi le texte m\^{e}me de la relation qui
lui avait \'{e}t\'{e} faite, par son fr\`{e}re, de cette triste
journ\'{e}e du 18 ao\^{u}t 1634, \guillemotleft{}~\`{a} la lueur
m\^{e}me des flammes qui d\'{e}vor\`{e}rent le cur\'{e} de
Saint-Pierre-du-March\'{e}~\guillemotright{}, Boulliau conclut~:
\guillemotleft{}~\textit{Voil\`{a} l'histoire succincte de la mort de
cet homme qui avait de grandes vertus mais accompagn\'{e}es de grands
vices, humains n\'{e}anmoins et naturels \`{a} l'homme. Il \'{e}tait
docte, bon pr\'{e}dicateur, bien disant, mais il avait un orgueil et
une gloire si grande que ce vice lui avait fait pour ennemis la plupart
de ses paroissiens et ses vertus lui ont accueilli l'envie de ceux qui
ne peuvent para\^{i}tre vertueux si les s\'{e}culiers ne sont
diffam\'{e}s parmi le peuple. La rage de ses ennemis est si grande
qu'ils n'ont eu de plaisir s'assouvissant de vengeance de le voir
p\'{e}rir}~\guillemotright{}. Et Boulliau tirant la philosophie de ce
drame, ach\`{e}ve ainsi sa lettre~:
\guillemotleft{}~\textit{D'ailleurs, je d\'{e}plore la condition en
laquelle on veut mettre les chr\'{e}tiens de les faire mourir sur la
d\'eposition des diables, doctrine impie, erron\'{e}e, ex\'{e}crable et
abominable} --- notons au passage la richesse remarquable du
vocabulaire --- \textit{qui rend les chr\'{e}tiens idol\^{a}tres, ruine
la religion chr\'{e}tienne dans ses fondements, ouvre la porte \`{a} la
calomnie et fera, si Dieu, par sa providence, ne rem\'{e}die \`{a} ce
mal, que le diable se fera immoler par les hommes des victimes
humaines, non plus sous le nom de Moloch, mais \`{a} la faveur d'un
pacte diabolique et infernal~\cite{2}}~\guillemotright{}.

\section{L'arriv\'{e}e \`{a} Paris}
Il quitta Loudun dans le cours de l'ann\'{e}e 1632. Il n'avait alors
que 27 ans, arrive \`{a} Paris. Il loge d'abord pr\`{e}s du Louvre chez
Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, dont la famille avait des
terres en Loudunois, la seigneurie de la Chapelle-Bellouin notamment.
D\`{e}s son arriv\'{e}e entre en rapport avec les savants qui s'y
trouvent. D'abord, deux plus grands de ses confr\`{e}res dans le
sacerdoce~: Pierre Gassendi qui devait quitter Paris, d\`{e}s le mois
d'octobre 1632, et avec lequel Boulliau entretiendra une
correspondance aussi nombreuse qu'instructive et l'illustre p\`{e}re
Marin Mersenne. Il ne manqua pas d'assister aux conf\'{e}rences que
son compatriote --- et alli\'{e} --- Th\'{e}ophraste Renaudot avait
organis\'{e}es, d\`{e}s le printemps de 1633, dans son bureau d'adresse
de la rue de la Calandre, au c\oe{}ur de la Cit\'{e}, pr\`{e}s du
Palais de Justice de Philippe-Auguste et de Saint-Louis. On ne
soulignera jamais assez l'importance de ces conf\'{e}rences pour la
connaissance de la pens\'{e}e moyenne de la soci\'{e}t\'{e}
cultiv\'{e}e et du monde savant de  cette \'{e}poque~\cite{3}.

Ces conf\'{e}rences se tinrent une fois par semaine jusqu'en 1642 et
leurs comptes rendus furent heureusement publi\'{e}s par le gazetier en
recueils, de cent conf\'{e}rences chacun, dits centurie. Certes ces
conf\'{e}rences restaient anonymes. C'\'{e}tait l'un des principes que
Th\'{e}ophraste Renaudot avait fix\'{e}s \`{a} ces r\'{e}unions. Mais
d\`{e}s le 24 octobre 1633, l'un des deux sujets propos\'{e}s porte sur
le mouvement de la Terre et l'un des intervenants soutient que dans
l'examen de cette question l'opinion de Copernic --- \textit{\`{a}
savoir que la terre se meut \`{a} l'entour du soleil, lui demeurant
immobile au centre du monde} --- est la plus vraisemblable ---
\textit{laquelle opinion}, ajoute-t-il, \textit{\'{e}tait d\'{e}j\`{a}
celle d'Aristarque et de Philola\"us}. Quand on sait quelle importance
Isma\"{e}l Boulliau attachait aux id\'{e}es de ce pythagoricien qu'il
reprit dans plusieurs de ses ouvrages, il n'est pas, semble-t-il,
hasardeux d'avancer que notre savant prit certainement part \`{a} la
conf\'{e}rence tenue ce jour-l\`{a}~; comme il prit tr\`{e}s
vraisemblablement aussi \`{a} celle du 29 mai 1634 sur les com\`{e}tes
ou \`{a} celle du 19 mai 1636 sur l'arc-en-ciel ou m\^{e}me encore
\`{a} celle du 27 avril 1637 sur la voie lact\'{e}e ou \`{a} celle
enfin du 2 avril 1640 sur le feu central.

Boulliau fut, au reste, en rapport avec Th\'{e}ophraste Reanaudot,
d\`{e}s son arriv\'{e}e \`{a} Paris. Une lettre de Gassendi, dat\'{e}e
de Digne, le 1$^{\mathrm{er}}$ d\'{e}cembre 1632 adress\'{e}e \`{a} son ami
Luillier \`{a} Paris, est \`{a} cet \'{e}gard, sans ambigu\"{i}t\'{e}.
Gassendi \'{e}crit~: \guillemotleft{}~\textit{A propos, envoyez, s'il
vous plait, quelqu'un de vos gens vers le sieur Renodot (sic) afin
qu'il vous indique o\`{u} loge M. Boulliau de Loudun parce qu'il est,
ce me semble, son parent, afin de faire prier de vous aller trouver
et quand il vous verra, priez-le, de ma part, d'envoyer M. Schickard}
--- un autre astronome de ses amis --- \textit{toutes les observations
qu'il a de Mercure}~\cite{4}~\guillemotright{}.

C'est \`{a} cette m\^{e}me \'{e}poque que Boulliau rencontre les
savants bibliophiles, les fr\`{e}res Jacques et Pierre Dupuy, futurs
gardes de la Biblioth\`{e}que du Roi et, pour l'heure, gestionnaires de
la tr\`{e}s belle et tr\`{e}s riche biblioth\`{e}que de leur parent, le
grand magistrat et historien Jacques-Auguste de Thou, comportant 8~000
volumes et 1~500 manuscrits, en m\^{e}me temps que promoteur d'un
fameux cabinet de lecture, lieu de rencontre de pr\'{e}dilection du
monde savant et \'{e}rudit du temps.

\section{L'H\^{o}tel de Thou}
D\`{e}s 1636, Isma\"{e}l Boulliau quitte le logement que lui avait
accord\'{e} depuis 1632 le marquis de Sourdis, pour se rendre en
l'H\^{o}tel de Thou, rue des Poitevins o\`{u} il restera jusqu'en 1652.
Profitant de la tr\`{e}s riche biblioth\`{e}que qui s'y trouve, il
devient vite un collaborateur assidu et d\'{e}vou\'{e} des fr\`{e}res
Dupuy dans la gestion de leur fameux cabinet et quand ceux-ci, en 1645,
seront nomm\'{e}s gardes de la Biblioth\`{e}que du Roi, c'est \`{a}
Isma\"{e}l Boulliau qu'ils confi\`{e}rent la biblioth\`{e}que de Thou,
assist\'{e}e par un certain Jacques de La Rivi\`{e}re. Cette
p\'{e}riode, on l'imagine ais\'{e}ment, fut pour notre savant une
p\'{e}riode b\'{e}nie. Ayant tout naturellement le plus libre acc\`{e}s
\`{a} tous les tr\'{e}sors de cette biblioth\`{e}que.

\section{Ses voyages en Italie, au Levant}
C'est durant son s\'{e}jour au c\^{o}t\'{e} des fr\`{e}res Dupuy
qu'Isma\"{e}l Boulliau d\'{e}cida d'entreprendre le voyage au Levant. 
Toujours
par l'interm\'{e}diaire des fr\`{e}res Dupuy, il obtint un poste de
pr\^{e}tre \`{a} l'ambassade de France \`{a} Venise, dirig\'{e}e par
Nicolas Bretel, seigneur de Gr\'{e}monville. Au bout d'un s\'{e}jour
d'une ann\'{e}e \`{a} Venise, son voyage au d\'{e}part de cette ville
ne put se r\'{e}aliser \`{a} cause de la guerre gr\'{e}co-turque \`{a}
Candie (Chypre). Mais il eut une compensation de choix s\'{e}journant
deux mois \`{a} Florence, aupr\`{e}s du grand-duc de Toscane Ferdinand
de M\'{e}dicis, c\^{o}toyant son fr\`{e}re le prince L\'{e}opold, l'un
des hommes les plus savants de la p\'{e}ninsule et le math\'{e}maticien
Toricelli qui lui donna le premier barom\`{e}tre qu'il venait de
cr\'{e}er. Le grand-duc lui offrit pour sa part deux longues-vues. Il
entretiendra par la suite une importante correspondance avec le prince
L\'{e}opold. De m\^{e}me il rencontre \`{a} Padoue un Fran\c{c}ais, le
savant Gabriel Naud\'{e}, son pr\'{e}d\'{e}cesseur \`{a} la
biblioth\`{e}que Mazarin. Il partit ensuite de Livourne pour rejoindre
Constantinople. En 1651, il visite les savants Allemands et Hollandais.

Ses lettres \`{a} son ami Jacques Dupuy, de 1645 \`{a} 1648, et en
1651, pendant ses voyages en Orient, en Allemagne et dans les Pays-Bas
sont du plus grand int\'{e}r\^{e}t. Celles qui sont dat\'{e}es de
Venise contiennent de nombreux d\'{e}tails sur la politique
int\'{e}rieure et ext\'{e}rieure de la S\'{e}r\'{e}nissime
R\'{e}publique. Celles qu'il \'{e}crit de Smyrne et de Constantinople
n'offrent pas moins d'int\'{e}r\^{e}t au point de vue de l'\'{e}tat
du monde grec et musulman au  XVII\tsup{\mathrm{e}} si\`{e}cle. Une de
ses lettres en particulier, \'{e}crite d'Amsterdam en 1651, doit
\^{e}tre ici rappel\'{e}e. Le tableau qu'il y donne de la
prosp\'{e}rit\'{e} et de la richesse du peuple hollandais compar\'{e}
\`{a} celui de la France, ainsi que les judicieuses r\'{e}flexions que
lui sugg\`{e}rent l'\'{e}tat politique, alors si troubl\'{e}, de notre
pays, sont assez remarquables~: \textit{\guillemotleft{}~C'est en ce
pays,  \'{e}crit-il, o\`{u} l'industrie de ces Messieurs les Bataves
para\^{i}t le mieux, eux qui ont gagn\'{e} sur la mer des pays entiers
et ont fait des prairies si belles et si fertiles que, deux fois le
jour, ils font leurs vendanges, j'entends de lait, jusque-l\`{a} qu'il
y a une telle vache qui rend par an deux tonnes de lait ou peu s'en
faut. Et ce pays enseveli dans les eaux est habit\'{e} de paysans,
riches en assez bon nombre de trois et quatre tonnes d'or, dont les
logis sont propres et orn\'{e}s de tableaux et lambris avec grande
quantit\'{e} de porcelaines jusqu'\`{a} tel point que dans leurs
cuisines plusieurs en ont en plus grand nombre que nos dames les plus
curieuses dans leurs cabinets {\ldots} Je me repr\'{e}sentais alors le
d\'{e}plorable \'{e}tat de nos paysans et de nos campagnes, qui
surpassent de beaucoup en beaut\'{e} et en bont\'{e} ce pays-ci, et
certainement c'\'{e}tait avec un sentiment de regret de voir que par
mauvais m\'{e}nage nous g\^{a}tions un bon pays, pendant que par une
sage conduite et bonne \'{e}conomie, les autres en ont bonifi\'{e} un
si mauvais qui ne porte pour tout fruit que de 
l'herbe}~\cite{5}.~\guillemotright{}

\section{Le secr\'{e}taire d'ambassade}
La disparition de son ami Pierre Dupuy, le 14 d\'{e}cembre 1651, va
apporter quelques changements dans son existence. Il quitte alors
o\`{u} il r\'{e}sidait depuis 15 ans pour se rendre rue de la Harpe,
pr\`{e}s de Jacques Dupuy, fr\`{e}re du d\'{e}funt, qu'il continue
\`{a} aider dans la gestion de la biblioth\`{e}que de Thou et du
c\'{e}l\`{e}bre cabinet jusqu'\`{a} la disparition de ce dernier,
survenue le 17 novembre 1656. En 1657, le Pr\'{e}sident de Thou ayant
\'{e}t\'{e} nomm\'{e} ambassadeur aupr\`{e}s des Provinces-Unies, prit
Boulliau comme secr\'{e}taire. A cette occasion, notre savant astronome
adressa \`{a} Mazarin la lettre suivante, aussi habile que pratique, le
19 f\'{e}vrier 1657~:  \guillemotleft{}~\textit{Le Roy}, \'{e}crit-il,
\textit{ayant fait l'honneur \`{a} M. Le pr\'{e}sident de Thou de le
choisir pour son ambassadeur ordinaire vers les Estats g\'{e}n\'{e}raux
des Provinces-Unies et Votre Eminence ayant port\'{e} Sa Majest\'{e}
\`{a} faire ce choix, M. de Thou m'a faict l'honneur de me recevoir
pour luy servir de premier secr\'{e}taire dans son ambassade, 
et ce qui l'a principalement port\'{e} \`{a} lever
les yeux sur moy, c'est qu'il a cru que Votre Eminence aurait pour
agr\'{e}able que je rendisse service au Roy dans l'employ que Sa Majest\'{e}
luy procure~; et je suis persuad\'{e} que Votre Eminence croira que
m'estant attach\'{e} \`{a} ses int\'{e}r\^{e}ts, je servirai le Roy
comme un bon et fid\`{e}le sujet est oblig\'{e} de faire. Ainsi
Monseigneur, je supplie tr\`{e}s humblement Votre Eminence qu'elle ait
la bont\'{e} de me procurer un favorable traitement dans cette
occurrence et qu'il lui plaise de me faire donner les appoinctements
que l'on a accoustum\'{e} de donner aux Secr\'etaires de
l'Ambassade}~\cite{6}~\guillemotright{}. Comment pourrait-on mieux
dire plus concr\`{e}tement les choses~? Le secr\'{e}tariat de
l'ambassadeur dura exactement cinq mois, d'avril au mois d'ao\^{u}t
1657. Pendant la dur\'{e}e de son s\'{e}jour aux Pays-Bas, Boulliau
rencontra Huygens qu'il avait d\'{e}j\`{a} vu, quelques ann\'{e}es plus
t\^{o}t, \`{a} Paris et avec lequel il entretint une correspondance
suivie.

\section{Le biblioth\'{e}caire de Mazarin}
A son retour \`{a} Paris et vers la fin de l'ann\'{e}e 1657, Boulliau
devint le biblioth\'{e}caire de Mazarin, succ\'{e}dant en cette
fonction \`{a} La Poterie, lui-m\^{e}me successeur de Naud\'{e}. Une
belle lettre du Pr\'{e}sident de Thou adress\'{e}e au
cardinal-ministre, le 7 mars 1658, de La Haye --- o\`{u} il \'{e}tait
en poste pour quatre ann\'{e}es encore --- nous r\'{e}v\`{e}le ce choix
prestigieux en m\^{e}me temps qu'elle fait l'\'{e}loge de notre
savant~: \guillemotleft{}~\textit{Monseigneur}, \'{e}crit de Thou \`{a}
Mazarin, \textit{je me trouve bienheureux d'avoir \'{e}lev\'{e} une
personne dans ma maison que Votre Eminence ait jug\'{e} capable d'avoir
la conduite et gouvernement de la plus nombreuse biblioth\`{e}que de
l'Europe en toutes sortes de langues et de sciences et que M. Boulliau
soit celuy que Votre Eminence a honor\'{e} d'un choix si glorieux et
avantageux et j'ose bien dire \`{a} Votre Eminence qu'il n'y a qu'elle
seule qui e\^{u}t \'{e}t\'{e} capable de luy faire quitter le recueil
de livres qui est dans la maison de son tr\`{e}s ob\'{e}issant
serviteur}~\cite{7}.~\guillemotright{} Et l'ambassadeur termine sa
lettre en se r\'{e}jouissant \textit{\guillemotleft{}~de la belle
pens\'{e}e (de Mazarin) de faire bastir un coll\`{e}ge public} (celui
des Quatre-Nations qui deviendra le Palais de l'Institut) \textit{pour
y d\'{e}poser cette fameuse biblioth\`{e}que} (qui deviendra la
Biblioth\`{e}que Mazarine)~\guillemotright{}.

Parall\`{e}lement aux soins qu'il donnera \`{a} la biblioth\`{e}que de
Mazarin, Boulliau continuer de s'occuper de la biblioth\`{e}que de
Thou. Il fera \'{e}galement \`{a} cette m\^{e}me \'{e}poque (1660) un
long voyage en Pologne. D'abord \`{a} la cour de Varsovie o\`{u} il
rencontra son ami et correspondant Pierre Des Noyers, secr\'{e}taire de
la reine Marie-Louise de Gonzague, puis \`{a} Dantzig o\`{u} il ira
visiter Hevelius. L'impression qu'il fit \`{a} la cour de Varsovie
fut, semble-t-il, des plus favorables, puisque la reine lui fera, plus
tard, un pr\'{e}sent consid\'{e}rable d'une valeur de 1~000 livres.

\section{La rupture avec de Thou}
Au printemps 1666, une tragique rupture se produit dans la vie de
Boulliau, d'autant plus sensible que notre savant vient d'atteindre ses
soixante ans. Il se brouille avec le Pr\'{e}sident de Thou, son
protecteur et son ami depuis trente ans. Il semble que cette rupture
eut son origine dans le r\^{o}le que Boulliau voulut tenir dans une
affaire de famille opposant son protecteur \`{a} l'un de ses fils,
Jacques-Auguste, abb\'{e} de Samer-aux-Bois.

\section{Au coll\`{e}ge de Laon}
Apr\`{e}s sa regrettable brouille avec le Pr\'{e}sident de Thou,
Boulliau, muni d'une faible pension, se retire au coll\`{e}ge de Laon
\`{a} Paris, au pied de la montagne Sainte-Genevi\`{e}ve. Il y restera
jusqu'en 1689. Dans ce contexte et cet environnement, non moins
favorables, Isma\"{e}l Boulliau put continuer, tout \`{a} loisir, ses
ch\`{e}res \'{e}tudes astronomiques. Il est, \`{a} cette \'{e}poque,
reconnu comme le plus grand astronome et math\'{e}maticien du royaume.
La soci\'{e}t\'{e} de Londres, plus reconnaissante de ses m\'{e}rites
que l'Acad\'{e}mie royale de Paris, l'accueillit parmi ses membres,
\`{a} titre \'{e}tranger, au cours de l'\'{e}t\'{e} 1667. Notre savant
venait alors de trouver une \'{e}toile nouvelle, Mira, dans la
constellation de Cetus et faisait de nouvelles d\'{e}couvertes sur la
n\'{e}buleuse \textit{Androm\`{e}de}.

Mais la charge des ans se faisait de plus en plus pesante et sa
sant\'{e} s'affaiblissait. Il souffrait de rhumatismes qui le clouaient
au lit dans d'insupportables souffrances. Cependant ainsi qu'il
l'\'{e}crit \`{a} sa belle-s\oe{}ur, en juillet 1683~:
\guillemotleft{}~\textit{Pour peu que la constitution de l'air change,
je ressens des douleurs beaucoup moindres {\ldots} Je sors quelques
fois pour ne pas perdre l'usage de mes jambes et afin de voir le peu
d'amis qui me  restent}~\cite{8}~\guillemotright{}. 

En septembre 1688, r\'{e}pondant \`{a} une lettre de son neveu, Urbain
Boulliau, fils de son fr\`{e}re a\^{i}n\'{e}, il lui avoue un
\guillemotleft{}~tremblement des mains~\guillemotright{} pour se faire
pardonner une \'{e}criture que son correspondant et ami, Des Noyers
qualifie de \guillemotleft{}~\textit{sy brouill\'{e}e qu'il ne l'a pu
deviner}~\guillemotright{}.

\section{Sa mort \`{a} l'abbaye Saint-Victor aux Bois}
Au printemps 1689, il quittait le coll\`{e}ge de Laon pour l'abbaye
Saint-Victor, \`{a} l'emplacement de laquelle s'\'{e}l\`{e}ve
aujourd'hui la facult\'{e} des Sciences pr\`{e}s du quai
Saint-Bernard, non loin du Jardin des Plantes et de la gare
d'Austerlitz dont l'air, assez curieusement, \'{e}tait r\'{e}put\'{e}
tr\`{e}s bon pour ses terribles rhumatismes, bien qu'en bordure de
Seine. On lui donnera un logement au second \'{e}tage du premier corps
de logis dans la cour d'entr\'{e}e. Sa chambre pr\`{e}s de laquelle se
trouvait un cabinet contenant, ce qui ne saurait nous surprendre,
plusieurs instruments d'astronomie, avait pour mobilier une petite
table en bois de ch\^{e}ne pos\'{e}e sur son pied \`{a} colonne et
couverte d'une toile~; un fauteuil de commodit\'{e} de pareil bois
couvert de toile~; un lit \`{a} hauts piliers en bois de h\^{e}tre
garni de son rideau~; et tout autour de la chambre, cinq pi\`{e}ces de
tapisserie de  Bergame~\cite{9}. C'est dans ce cadre qu'Isma\"{e}l
Boulliau mourut, le 25 novembre 1694. Il avait eu 89 ans, le 28
septembre pr\'{e}c\'{e}dent.

\section{Eloge post-mortem}
L'\'{e}loge qui fut publi\'{e} sur lui dans le \textit{Journal des
Savants} de 1695 m\'{e}rite qu'on s'y arr\^{e}te, en terminant,
quelques instants. Il commence ainsi~: \guillemotleft{}~\textit{Notre
si\`{e}cle tout fertile qu'il est en gens de lettres, en a peu produit
qui ayent r\'{e}uni autant de qualitez que M. Boulliau. La nature lui
avait donn\'{e} un corps robuste et propre au travail, un esprit vif,
une m\'{e}moire heureuse, un jugement solide et un d\'{e}sir de
r\'{e}ussir par le bon usage qu'il fit de ces avantages et par le soin
qu'il prit \`{a} cultiver ses talents}.~\guillemotright{}

Son esprit de pr\^{e}tre \'{e}clair\'{e} le portait \`{a} souhaiter une
r\'{e}forme catholique mais dans un esprit lib\'{e}ral, ni mystique
comme celle pr\^{o}n\'{e}e par les nouveaux spirituels, ni
s\'{e}v\`{e}re comme celle lou\'{e}e par les jans\'{e}nistes. 

La r\'{e}putation que ses nombreux et savants travaux lui avaient value
ne diminua en rien sa modestie naturelle. A l'un de ses amis, qui au
soir de sa vie, lui avait t\'{e}moign\'{e} par une lettre la haute
opinion qu'il avait de lui, il r\'{e}pondit simplement en ses termes~:
\guillemotleft{}~\textit{Si ce que j'ai fait est approuv\'{e} par les
honn\^{e}tes gens, intelligents dans les mati\`{e}res que j'ai
trait\'{e}es, cela suffit, et cette approbation pure et simple, sans
des \'{e}loges et des paroles de complaisance trop affect\'{e}e, vaut
plus que tous les pan\'{e}gyriques.}~\guillemotright{}

\section*{Conflit d'int\'{e}r\^{e}t}
L'auteur n'a aucun conflit d'int\'{e}r\^{e}t \`{a} d\'{e}clarer.

\back{}

\def\circ{\text{\textdegree}}

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\end{document}
