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\datereceived{2022-03-15}
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\ItHasTeXPublished
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\dateposted{2023-08-08}
\datepublished{2023-09-15}
\begin{document}

\begin{noXML}

%\TopicEF{A tribute to Isma\"{e}l Boulliau}{Hommage \`a Isma\"{e}l
%Boulliau}

\title{Loudun \`{a} l'\'{e}poque d'Isma\"{e}l Boulliau~: trois
d\'{e}cennies qui ont chang\'{e} la ville}

\alttitle{Loudun in the time of Isma\"{e}l Boulliau: three decades that
changed the town}

\author{\firstname{Sylvette} \lastname{Noyelle}} 
\address{Professeur agr\'{e}g\'{e} d'Histoire-G\'{e}ographie honoraire,
Soci\'{e}t\'{e} historique du Pays de Loudunois, France}
\email{sncx2018@orange.fr}

\def\thanksname{Note}

\thanks{Cet article s'appuie sur un pr\'ec\'edent travail issu de
nombreuses ann\'ees de lectures et de recherches~\cite{1}, compl\'et\'e
pour la p\'eriode qui nous int\'eresse par les ouvrages et articles
mentionn\'es dans ses r\'ef\'erences.}

\thanks{\textbf{Note.} This article is based on a previous work based
on many years of reading and research~\cite{1}, supplemented for the
period in question by the books and articles mentioned in the
references.}

\begin{abstract}
Isma\"{e}l Boulliau a pass\'{e} le premier tiers de sa vie \`{a} Loudun
o\`{u} il n\'{e}, cinq ans avant l'assassinat d'Henri IV, \`{a} la fin
de septembre 1605. Lorsqu'il part pour Paris, au d\'{e}but des
ann\'{e}es 1630, Louis XIII, second\'{e} par Richelieu, r\`{e}gne en
ma\^{i}tre. Loudun a bien chang\'{e}. Il a vu le jour dans une ville
prosp\`{e}re et active, il quitte une cit\'{e} meurtrie. Pendant ses
ann\'{e}es loudunaises, le jeune Isma\"{e}l Boulliau a \'{e}t\'{e} le
t\'{e}moin des transformations que cet article se propose de
d\'{e}crire.
\end{abstract}

\begin{altabstract}
Isma\"{e}l Boulliau spent the first third of his life in Loudun, where
he was born five years before the assassination of Henri IV at the end
of September 1605. When he left for Paris in the early 1630s, Louis
XIII, seconded by Richelieu, reigns supreme. Loudun has changed a lot.
He was born in a prosperous and active city, he leaves a bruised city.
During his years in Loudun, the young Isma\"{e}l Boulliau witnessed the
transformations that this article sets out to describe.
\end{altabstract}

\keywords{\kwd{Loudun}\kwd{Isma\"{e}l Boulliau}\kwd{Astronomie}
\kwd{Richelieu}\kwd{Urbain Grandier}\kwd{Citadelle}}

\altkeywords{\kwd{Loudun}\kwd{Isma\"{e}l Boulliau}\kwd{Astronomy}
\kwd{Richelieu}\kwd{Urbain Grandier}\kwd{Citadel}}

\maketitle

\end{noXML}

\section{Loudun au d\'{e}but du XVII$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle}

\begin{figure}
\includegraphics{fig01}
\caption{\label{fig1}La butte loudunaise \`{a}
l'\'{e}poque d'Isma\"{e}l Boulliau (Collection Marie-H\'{e}l\`{e}ne
Dvo\v{r}\'{a}k). La reconstitution propos\'{e}e par Louis
Charbonneau-Lassay en 1921 fait appara\^{i}tre une ville-forteresse,
telle que l'a con\c{c}ue Philippe Auguste, au d\'{e}but du
XIII$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle, avec son enceinte de pr\`{e}s de 2,500
km, bord\'{e}e de douves, renforc\'{e}e par des tours et des
\'{e}perons et ouvertes par 4 portes principales. Autour du sommet de
la colline, une seconde muraille, avec des murs de 2 m d'\'{e}paisseur
et 20 tours, a repris le trac\'{e} d'une base gallo-romaine ou un peu
plus tardive. Au XVII$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle, on l'appelle \og~Le
Grand Ch\^{a}teau~\fg~\cite{1}. Elle enferme \og~Le Petit
Ch\^{a}teau~\fg~\cite{1}~: un puissant donjon philippien et son propre
syst\`{e}me de\break fortifications.}
\end{figure}

Isma\"{e}l Boulliau voit le jour dans une cit\'{e} qui ressemble sans
doute beaucoup \`{a} ce \og~\textit{Loudun en 1550}~\fg,
reconstitu\'{e} en 1921 sur un bois grav\'{e} de Louis
Charbonneau-Lassay. 

Il fait appara\^{i}tre une ville ferm\'{e}e, ceintur\'{e}e de murailles
et domin\'{e}e par sa forteresse, un tissu urbain serr\'{e} qui
d\'{e}gringole sur les pentes de la butte, d'o\`{u} \'{e}mergent les
clochers des nombreux \'{e}difices religieux.

L'enfant, puis le jeune homme, ont d\^{u} en arpenter les rues
\'{e}troites et sinueuses, le long desquelles les constructions se sont
implant\'{e}es au gr\'{e} de l'espace disponible, sans grand souci
d'alignement, o\`{u} pi\'{e}tons, cavaliers et charrettes c\^{o}toient
chiens, chats, pigeons, lapins ou cochons. Des rues malpropres, avec
des seuils irr\'{e}guli\`{e}rement balay\'{e}s, des tas de fumier
devant les maisons et un ruisseau central cens\'{e} \'{e}vacuer eaux de
pluies et eaux us\'{e}es, dans lequel les habitants jettent les
d\'{e}jections les plus diverses.

Combien de Loudunais vivent dans cette cit\'{e} qui d\'{e}borde encore
tr\`{e}s peu de ses murailles\,? Longtemps avanc\'{e}s les nombres de
14~000, 17~000, voire 20~000 habitants sont \`{a} oublier. En 1995,
lors d'une conf\'{e}rence sur les protestants loudunais, le pasteur
Vatinel avait surpris son auditoire avec 8~000 habitants, \'{e}valuation
tr\`{e}s proche de celles de deux historiens, Brigitte Maillard, entre
6~500 et 7~000 et Edwin Bezzina (cit\'{e} par~\cite{3,3a}), entre 6~000 et
10~000. 

Force est de constater l'incertitude de ces \'{e}valuations et
l'importance des \'{e}carts, explicables par l'impr\'{e}cision des
modes de calculs et les \'{e}cr\^{e}tages pratiqu\'{e}s par des
\'{e}pid\'{e}mies r\'{e}currentes (les pestes). Seul nombre connu
gr\^{a}ce aux comptes tenus par \'{E}tienne Rousseau, enqu\^{e}teur au
bailliage, 3~623 victimes en 1563, mais combien en 1597\,? Et combien
encore en 1603, deux ans avant la naissance d'Isma\"{e}l Boulliau\,?

Le bois grav\'{e} de Louis Charbonneau-Lassay nous a montr\'{e} une
ville-forteresse. Loudun est \'{e}galement un maillon actif de
l'administration d'Ancien R\'{e}gime, centre d'un bailliage, premier
\'{e}chelon de la justice royale, dont les appels rel\`{e}vent sans
interm\'{e}diaires du parlement de Paris, d'une pr\'{e}v\^{o}t\'{e}
charg\'{e}e de la justice appliqu\'{e}e aux gens de guerre, aux voleurs
et aux vagabonds, d'une \'{e}lection qui assure la r\'{e}partition des
imp\^{o}ts entre les paroisses, d'un grenier \`{a} sel d\'{e}volu \`{a}
la gabelle.

\begin{figure}
{\vspace*{-2pt}}
\includegraphics{fig02}
{\vspace*{-1pt}}
\caption{\label{fig2}La chapelle de la commanderie des
chevaliers de Saint-Jean-de J\'{e}rusalem, devenus chevaliers de Malte
(Dessin de Louis Charbonneau-Lassay, 1925, Soci\'{e}t\'{e} Historique
du Pays de Loudunais). Apr\`{e}s la destruction d'un premier temple, et
dans l'attente de la construction d'un second, elle accueille le culte
protestant pendant tout le r\`{e}gne d'Henri~IV.}
{\vspace*{-1pt}}
\end{figure}

\begin{figure}
\includegraphics{fig03}
{\vspace*{-1pt}}
\caption{\label{fig3}Un d\'{e}cor et une affirmation de
fid\'{e}lit\'{e}~\cite{xx}. En 1614, alors que la r\'{e}volte gronde
dans une grande partie du royaume, le roi et sa m\`{e}re sont
accueillis Porte-de-Mirebeau par un tableau repr\'{e}sentant cette
levrette avec la mention~: \og~\textit{En quelque estat que je puisse
estre je suis la fid\`{e}le \`{a} mon maistre}~\fg.}
{\vspace*{-2pt}}
\end{figure}

C'est aussi une ville protestante. En ce d\'{e}but du
XVII$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle, les protestants repr\'{e}sentent
environ 40 \% de la population mais ils sont majoritaires dans les
\'{e}lites~\cite{4}. Isma\"{e}l Boulliau, dont le p\`{e}re, procureur,
appartient \`{a} cette minorit\'{e} r\'{e}form\'{e}e, est
vraisemblablement baptis\'{e} dans l'\'{e}glise Saint-Jean qui fait
alors office de temple.

Loudun est enfin au c\oe{}ur d'une campagne prosp\`{e}re favorable aux
vignes et aux c\'{e}r\'{e}ales (les \og~bleds~\fg). \`{A} la fin
du~XVI$^{\mathrm{e}}$~si\`{e}cle, \'{e}crit Paul Raveau, c'est en
Loudunais que terres arables et vignes atteignent les plus fortes
valeurs de tout le Poitou~\cite{5}.

Cette richesse agricole, jointe \`{a} la pr\'{e}sence d'une
client\`{e}le ais\'{e}e (noblesse locale, nombreux juristes, etc.) a
permis le d\'{e}veloppement d'un artisanat actif dont la r\'{e}putation
d\'{e}passe parfois les limites locales. En t\'{e}moigne
l'int\'{e}r\^{e}t port\'{e} au travail des denteli\`{e}res par
Catherine de M\'{e}dicis, lors de son passage \`{a} Loudun, en 1565, ou
la commande de 24~000 rouleaux de parchemin pass\'{e}e en 1681 \`{a}
trois parcheminiers loudunais par le bureau des Aides de Poitiers.

Loudun est donc une ville plus importante que sa population ne le
laisse supposer. Objet de la sollicitude du pouvoir, elle re\c{c}oit la
visite de nombreux souverains dont Louis XIII, \`{a} l'\'{e}poque
d'Isma\"{e}l Boulliau, accompagn\'{e} de la reine-m\`{e}re et en grande
pompe en ao\^{u}t 1614, plus discr\`{e}tement, en ao\^{u}t 1620. 

Pendant la premi\`{e}re partie de la vie d'Isma\"{e}l Boulliau, les
protestants loudunais vivent une derni\`{e}re p\'{e}riode faste, mais
ils ne le savent pas. 

\section{Le protestantisme en sursis}

Depuis la fin du XVI$^{\mathrm{e}}$ si\`{e}cle, plusieurs signaux ont
pu alerter les plus perspicaces.

\subsection{De nombreux sujets d'inqui\'{e}tude}

En 1593, quelques ann\'{e}es avant la naissance d'Isma\"{e}l Boulliau,
des propos injurieux et le r\'{e}veil des querelles entre catholiques
et protestants accueillent la nouvelle de la conversion tr\`{e}s
politique d'Henri IV. L'intervention conjugu\'{e}e du pasteur et du
gouverneur de la ville r\'{e}tablit rapidement le calme~\cite{6}. 

En 1606, il a un an lorsque les J\'{e}suites de Poitiers remplacent les
B\'{e}n\'{e}dictins de Tournus dans un tr\`{e}s ancien prieur\'{e}
situ\'{e} \`{a} l'int\'{e}rieur de la forteresse. La fermet\'{e} de
Marcantoine Marreau de Boisgu\'{e}rin, gouverneur de la ville et du
ch\^{a}teau, rassure. Jusqu'\`{a} la fin de son mandat, en 1617, il
s'oppose \`{a} l'installation des soldats de la Contre-R\'{e}forme dans
\og~sa~\fg{} forteresse qu'il pr\'{e}tend, sans doute \`{a} tort \`{a}
l'\'{e}poque, \^{e}tre une place de s\^{u}ret\'{e} protestante. Rien ne
le fera c\'{e}der, pas m\^{e}me les ordres royaux.

En 1610, l'assassinat d'Henri IV qui propulse au pouvoir un roi de neuf
ans et une r\'{e}gente pro catholique favorable \`{a} un accord avec
l'Espagne, provoque une v\'{e}ritable d\'{e}flagration. Marie de
M\'{e}dicis confirme tr\`{e}s vite l'\'{E}dit de Nantes mais
l'affaiblissement du pouvoir et le r\'{e}veil des oppositions,
inh\'{e}rents aux p\'{e}riodes de r\'{e}gence, inqui\`{e}tent.

En 1613, le changement d'atmosph\`{e}re touche directement les
protestants de Loudun. La gestion du coll\`{e}ge fond\'{e} gr\^{a}ce
\`{a} un don de Gui Chauvet leur \'{e}chappe apr\`{e}s trois ans de
batailles juridiques pour savoir si le donateur, n\'{e} \`{a} Loudun,
avocat au parlement de Paris, est mort catholique ou protestant. Le
parlement de Paris tranche en faveur d'une mort catholique et refuse
aux protestants une cogestion du nouvel \'{e}tablissement.

L'ann\'{e}e suivante, les \'{E}tats g\'{e}n\'{e}raux, par souci
d'\'{e}conomie, demandent le d\'{e}mant\`{e}lement des forteresses
int\'{e}rieures, inutiles pour la d\'{e}fense du pays mais repaires
possibles de seigneurs rebelles, et dont les garnisons sont
co\^{u}teuses \`{a} entretenir pour le tr\'{e}sor royal. Loudun
pourrait se sentir directement menac\'{e}e par cette proposition, mais
elle figure au milieu de beaucoup d'autres et ne semble pas avoir
provoqu\'{e} l'inqui\'{e}tude. 

En 1617, le retrait du gouverneur Marcantoine Marreau de
Boisgu\'{e}rin, homme \`{a} poigne, capable de concilier d\'{e}fense
des int\'{e}r\^{e}ts protestants et fid\'{e}lit\'{e} sans faille au roi
de France, laisse la place \`{a} Jean II d'Armagnac, fils d'un
compagnon d'Henri IV et premier valet de chambre de Louis XIII. Les
protestants viennent de perdre un de leur plus solide appui.

La m\^{e}me ann\'{e}e, au c\oe{}ur de l'\'{e}t\'{e}, une autre
arriv\'{e}e pourrait les inqui\'{e}ter, celle de messire Urbain
Grandier, nouveau cur\'{e} de Saint-Pierre du March\'{e}. Avec la
nomination de ce brillant \'{e}l\`{e}ve des J\'{e}suites, la
Contre-R\'{e}forme pourrait avoir marqu\'{e} un point. Il n'en est
rien, mais pour l'instant nul ne le sait.

\`{A} partir de cette ann\'{e}e 1617, l'atmosph\`{e}re ne va pas cesser
de s'alourdir, mais, en attendant, les protestants loudunais ont encore
quelques beaux jours devant eux.

\subsection{Les derniers beaux jours}

Vers 1609--1610, \`{a} la fin du r\`{e}gne d'Henri IV, la construction
d'un nouveau temple s'ach\`{e}ve \`{a} l'angle des rues de la
Croix-Bruneau et Villecourt. Jusqu'\`{a} sa destruction, en 1685,
Loudun conservera ce grand temple qui pouvait, dit-on, accueillir deux
\`{a} trois mille personnes.

En 1613, apr\`{e}s avoir \'{e}t\'{e} \'{e}vinc\'{e}s de la gestion du
coll\`{e}ge des Chauvet, les protestants cr\'{e}ent leur propre
coll\`{e}ge de la rue de l'Abreuvoir. Alors que son rival catholique
v\'{e}g\`{e}te, cet \'{e}tablissement acquiert rapidement une
excellente r\'{e}putation. 

En 1616, c'est Loudun qui accueille une importante conf\'{e}rence
destin\'{e}e \`{a} apaiser les tensions qui ont \'{e}maill\'{e} la
minorit\'{e} de Louis XIII. Les protestants vont discuter, sur un pied
d'\'{e}galit\'{e}, avec les repr\'{e}sentants du roi et ceux des
seigneurs catholiques. Gageons que le jeune Isma\"{e}l Boulliau de dix
ans a pu voir d\'{e}filer la fine fleur de la noblesse protestante,
notamment Maximilien de B\'{e}thunes (Sully) et son gendre, le jeune
chef politico-militaire, Henri de Rohan.

L'atmosph\`{e}re n'est d\'{e}j\`{a} plus la m\^{e}me en 1619 lorsque
les r\'{e}form\'{e}s tiennent \`{a} Loudun une assembl\'{e}e nationale,
alors que le bruit court que le roi va intervenir militairement pour
imposer le r\'{e}tablissement du catholicisme en B\'{e}arn.

La contre-attaque catholique est en marche, marqu\'{e}e, sur le plan
national, par l'\'{e}limination de la puissance politique et militaire
des protestants. \`{A} Loudun, l'\'{e}quilibre entre les deux
confessions s'inverse, en faveur des catholiques.

\subsection{La contre-attaque catholique \`{a} Loudun}

La carte des \'{e}tablissements religieux de la ville refl\`{e}te la
vigueur de cette contre-attaque.

\begin{figure}
\includegraphics{fig04}
\caption{\label{fig4}Les couvents de la
Contre-R\'{e}forme.}
\end{figure}

Dans les ann\'{e}es 1620, elle est men\'{e}e par les moines de la
ville, tr\`{e}s actifs et de plus en plus nombreux. Aux ordres anciens,
se sont ajout\'{e}es quatre nouvelles congr\'{e}gations, n\'{e}es de la
Contre-R\'{e}forme. Les premiers couvents de religieuses s'installent
dans la ville, dont les Ursulines charg\'{e}es de l'\'{e}ducation des
jeunes catholiques. D'autres ordres f\'{e}minins suivront. 

Toute la ville r\'{e}sonne du bruit des processions avec les
pri\`{e}res et les chants. Les sermons des Carmes, des Cordeliers et
des redoutables pr\'{e}dicateurs que sont les Capucins du P\`{e}re
Joseph multiplient les conversions, soigneusement mises en avant.

Le nouveau gouverneur, Jean d'Armagnac, Th\'{e}ophraste Renaudot,
Isma\"{e}l Boulliau lui-m\^{e}me, abandonnent le protestantisme.
L'ennemi irr\'{e}ductible des J\'{e}suites, Marcantoine Marreau de
Boisgu\'{e}rin, sera enterr\'{e} catholique en 1632~\cite{7}. 

Un homme semble insensible \`{a} cette atmosph\`{e}re de
reconqu\^{e}te, le cur\'{e} de Saint-Pierre-du-March\'{e}, Urbain
Grandier. Certains commencent \`{a} murmurer qu'il pourrait \^{e}tre un
\og~\textit{protestant couvert}~\fg{} \ldots

Pendant ces ann\'{e}es 1620, une autre menace p\`{e}se sur la ville, la
destruction de sa forteresse.

\section{La destruction de la forteresse}

C'est une id\'{e}e d\'{e}j\`{a} ancienne qui fait son chemin et que les
\'{e}v\`{e}nements vont mettre \`{a} l'ordre du jour. Dans les
ann\'{e}es 1620, \`{a} l'\'{e}chelle nationale, la reconqu\^{e}te
catholique passe aussi par les armes.

\subsection{La contre-attaque par les armes}

L'\'{e}l\'{e}ment d\'{e}clencheur sera le r\'{e}tablissement du
catholicisme en B\'{e}arn, o\`{u} il avait \'{e}t\'{e} interdit par
Jeanne d'Albret (1528--1572), m\`{e}re d'Henri IV et protestante
intransigeante. Amorc\'{e} par Henri IV, affirm\'{e} par Louis XIII en
1617, ce r\'{e}tablissement complet sera effectif en 1620, apr\`{e}s
une intervention qui conduit le roi et ses troupes jusqu'\`{a} Pau.

C'est le d\'{e}but d'un nouvel \'{e}pisode de guerres de religion
men\'{e}e contre des chefs protestants de plus en plus
arrogants,\footnote{Sous Louis XIII, les protestants se divisent entre
loyalistes et rebelles.} comme Henri de Rohan qui s'est arrog\'{e} le
privil\`{e}ge royal de battre monnaie sur ces terres. Entre 1621 et
1629, trois campagnes militaires touchent le Sud-Ouest (Languedoc,
Saintonge, Aunis), fief des Rohan. Elles se terminent par la Paix de
gr\^{a}ce d'Al\`{e}s (1629), qui \'{e}tablit la s\'{e}paration entre le
politique et le religieux dont avaient r\^{e}v\'{e} Catherine de
M\'{e}dicis et Michel de L'H\^{o}pital dans les ann\'{e}es 1560.
D\'{e}pouill\'{e}s des droits politiques et militaires accord\'{e}s par
l'\'{E}dit de Nantes, les protestants conservent une libert\'{e} de
culte, tr\`{e}s encadr\'{e}e.

Ces \'{e}v\`{e}nements nationaux ont de lourdes cons\'{e}quences pour
Loudun. Deux \'{e}pisodes militaires vont en effet acc\'{e}l\'{e}rer la
d\'{e}cision de d\'{e}truire la forteresse, le si\`{e}ge de Royan
devant laquelle Louis XIII est bloqu\'{e} pendant cinq jours en 1622 et
le si\`{e}ge de La Rochelle qui immobilise l'arm\'{e}e royale entre
1627 et 1628.

\subsection{Loudun perd son grand et son petit Ch\^{a}teaux}

\begin{figure}
\includegraphics{fig05}
\caption{\label{fig5}Maquette de la citadelle de Loudun.}
\end{figure}

Envisag\'{e}e en 1622, imm\'{e}diatement apr\`{e}s la fin du si\`{e}ge
de Royan, la destruction du \og~Grand Ch\^{a}teau~\fg{} qui ceinture la
colline est d\'{e}cid\'{e}e en 1629, apr\`{e}s le si\`{e}ge de La
Rochelle et r\'{e}alis\'{e}e au d\'ebut de 1632, sous la direction de l'envoy\'{e}
sp\'{e}cial du roi, Jean Martin de Laubardemont, qui vient de
d\'{e}manteler Royan.

Certains Loudunais sont soulag\'{e}s en songeant aux d\'{e}penses
n\'{e}cessit\'{e}es par l'entretien des murailles, d'autres sont
d\'{e}j\`{a} nostalgiques, aucun n'\'{e}chappe au bruit des masses qui
s'abattent sur les murs et \`{a} la poussi\`{e}re qui envahit la ville.
Pourtant, contrairement au traitement r\'{e}serv\'{e} \`{a} Royan, la
rebelle, la muraille qui ceinture la colline est abattue
\og~proprement~\fg, en \'{e}pargnant la v\'{e}n\'{e}rable Tour
Carr\'{e}e des Plantagenets et quelques tours ou pans de murs
indispensables \`{a} l'int\'{e}r\^{e}t de la cit\'{e} ou au soutien des
habitations adjacentes. Loudun peut encore s'en enorgueillir
aujourd'hui.

Les espaces lib\'{e}r\'{e}s, avec tout ce qu'ils supportent, y compris
les pierres, deviennent la propri\'{e}t\'{e} de deux serviteurs de
Louis XIII, le gouverneur Jean d'Armagnac et le secr\'{e}taire du roi
Michel Lucas, fils d'un mercier de Loudun.

Parce que Loudun est une ville fid\`{e}le et que son gouverneur, Jean
d'Armagnac souhaite conserver sa fonction, Louis XIII h\'{e}site
longtemps \`{a} se prononcer sur le sort du \og~Petit
Ch\^{a}teau~\fg. Une ultime bataille se d\'{e}roule au Louvre o\`{u}
le gouverneur a l'oreille du roi. Elle se livre aussi \`{a} Loudun
o\`{u} Urbain Grandier, ami et oblig\'{e} de Jean d'Armagnac, tente,
sans grand succ\`{e}s, de mobiliser la population contre la
destruction, \`{a} un moment o\`{u} il aurait int\'{e}r\^{e}t \`{a} se
faire oublier. 

L'imposant donjon philippien et son syst\`{e}me de fortification ne
dispara\^{i}tront qu'\`{a} la fin de 1633. Les pierres serviront \`{a}
la r\'{e}paration des tours du Bailliage et de La Ville, destin\'{e}es
\`{a} devenir prisons et \`{a} la reconstruction des couvents des
Carmes et des J\'{e}suites d\'{e}truits en 1568 par un contingent de
l'arm\'{e}e protestante.

Isma\"{e}l Boulliau laisse donc derri\`{e}re lui une ville en plein
d\'{e}sarroi.

\section{Une ville en plein d\'{e}sarroi}

Le sort semble s'acharner sur Loudun. En 1632, une nouvelle
\'{e}pid\'{e}mie de peste d\'{e}cime la population. Elle commence au
printemps, s'att\'{e}nue un peu pendant l'\'{e}t\'{e}, reprend \`{a}
l'automne, au moment o\`{u} une nouvelle affaire \'{e}clate.

Au cours de cet automne 1632, le bruit circule qu'il se passe des
choses bizarres derri\`{e}re les murs du couvent des Ursulines de la
rue du Pasquin (la rue du Bout-du-Monde, \`{a} l'\'{e}poque). Quelques
Ursulines, dont Jeanne des Anges, la m\`{e}re sup\'{e}rieure, seraient
la proie du d\'{e}mon. L'intervention des exorcistes qui, d\`{e}s le 11
octobre, contraignent le diable \`{a} d\'{e}noncer son complice, Urbain
Grandier, marque le d\'{e}but d'une terrible affaire qui conduira le
cur\'{e} de Saint-Pierre du March\'{e} sur le b\^{u}cher et ternira
durablement l'image de la ville.

Mais cette ann\'{e}e-l\`{a}, on retrouve Isma\"{e}l Boulliau \`{a}
Paris. Pour lui une autre vie a d\'{e}j\`{a} commenc\'{e}.

Il a quitt\'{e} une cit\'{e} meurtrie, bien diff\'{e}rente de la ville
active o\`{u} il est n\'{e} vingt-sept ans plus t\^{o}t. Priv\'{e}e de
ses ch\^{a}teaux, bient\^{o}t de son grenier \`{a} sel et son
coll\`{e}ge protestant, elle amorce une longue p\'{e}riode de
d\'{e}clin.

Conform\'{e}ment \`{a} la pr\'{e}diction de son dernier gouverneur,
Jean d'Armagnac, la fi\`{e}re citadelle de 1605 est devenue une simple
bourgade~\cite{2}.

\section*{Conflit d'int\'{e}r\^{e}t}

L'auteur n'a aucun conflit d'int\'{e}r\^{e}t \`{a} d\'{e}clarer.

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\end{document}
